Vol au-dessus d’un nid de coucou | Ken Kesey

En lisant Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey, je me suis livrée à un exercice jusque-là inédit : lire un livre après avoir vu son adaptation au cinéma.

J’ai déjà souvent vu des films après avoir lu le livre qui les a inspirés avec à la clé, dans la plupart des cas, une belle déception, souvent car le film s’est avéré très éloigné soit de l’histoire, soit de l’image des personnages et de l’ambiance que j’avais pu me faire lors de ma lecture . Lire un livre après avoir vu le film, c’est encore autre chose puisque le travail est « prémaché ». Avec des lieux et des visages en tête, sans compter l’intrigue, l’expérience du lecteur est forcément plus compliquée. Elle l’est d’autant plus quand le film est incarné par un acteur aussi charismatique et génial que Jack Nicholson. Malgré toutes ces réserves, je me suis quand même lancée.

Commençons par l’histoire. Randle Patrick McMurphy, petite frappe jusqu’ici incarcéré, se fait transférer dans un hôpital psychiatrique en simulant la folie. Il espère pouvoir profiter des bons soins du personnel tout en étant dispensé des travaux forcés. Le service dans lequel il est hospitalisé s’avère finalement bien loin de la pension de vacances qu’il espérait trouver. Les sorties sont interdites et l’infirmière Ratched règne en maître sur les lieux à grand renfort de traitements inhumains.

Révolté par la soumission de ses comparses face à cette femme, le turbulent McMurphy va se dresser systématiquement contre elle et perturber la routine quotidienne savamment orchestrée par « la vieille ». D’abord gentillet, l’affrontement va dégénérer et engendrer des conséquences sur les malades et, finalement, sur McMurphy lui-même.

Un livre profondément critique

L’histoire est fidèle au film (logiquement), à la différence près qu’ici, le narrateur est l’un des patients, le « chef » Bromden, un géant métis amérindien qui se fait passer pour un sourd-muet depuis son admission il y a des lustres. Malgré sa stature imposante, Bromden est devenu invisible aux yeux de tous, ce qui en fait un témoin privilégié des événements. La méthode de narration, qui alterne récits de la vie dans le service, hallucinations, paranoïa et souvenirs touchants de la jeunesse du « chef », rend le livre particulièrement dynamique voire, par moment, poétique.

Vol au-dessus d’un nid de coucou est une critique féroce des hôpitaux psychiatriques des années 60 et des traitements qui y ont cours. Ken Kesey parle d’ailleurs en connaissance de cause : il a lui-même travaillé dans l’un de ces établissements. Les malades sont déshumanisés, soit-disant pour leur propre bien, et les soignants eux-mêmes n’ont plus grand chose d’humain. L’arrivée de McMurphy, encore imprégné de la vie extérieure, vient donc logiquement semer la discorde dans ce triste environnement qui fonctionne en vase-clos.

Mais ce livre est aussi une ode à la liberté, à la différence ainsi qu’à la résistance au système. On est en effet vite tenté de voir dans cet hôpital psychiatrique une métaphore à peine cachée de la société des années 60, bien enfermée dans son carcan conservateur.

Un classique, donc, à lire et à voir… ou l’inverse !

« Il faut rire de ce qui fait mal pour garder son équilibre, pour empêcher le monde de vous rendre complètement fou. »

Vol au-dessus d’un nid de coucou, de Ken Kesey, traduit par Michel Deutsch et révisé par Virginie Buhl | Le livre de proche, 480 pages.

Photo de NeONBRAND via Unsplash.

  1. J’ai fait comme toi. Ceci dit, plusieurs décennies ayant séparé visionnage et lecture, ce n’était pas gênant non plus. Le truc, c’est en effet qu’on ne peut s’empêcher de coller la trogne de Nicholson au héros, pendant la lecture… Si tu ne l’as pas déjà lu, je t’encourage vivement à découvrir l’autre titre de cet auteur (je crois qu’il n’en a écrit que deux) : Et quelquefois j’ai comme une grande idée, qui est à mon sens encore meilleur que Vol..

    1. Justement, je me disais que je devrais le lire mais j’avais peur d’être déçue par rapport à Vol au-dessus d’un nid de coucou, grâce à toi je suis convaincue maintenant. Merci !

      1. Les deux sont très différents. « Et quelquefois.. » propose une narration originale, et une densité peu commune. Une lecture qui demande un peu d’endurance, mais je me suis délectée !

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