Une saison de nuits | Joan Didion

Voici un livre qui avait a priori tout pour me déplaire. Les histoires de couples, en effet, ne me passionnent guère. Mais c’était sans compter le talent de Joan Didion qui réussit à faire d’un simple drame familiale une critique de la société américaine.

Tout commence par un coup de feu et un drame terriblement banal en littérature : un mari trompé tue l’amant de sa femme. Nous sommes dans les années 60, dans une région agricole de la Californie. Alors que ce drame aurait pu être le point de départ de quelque chose de déjà vu, Joan Didion prend le parti d’en faire une conclusion. Le coup de feu devient alors un prétexte pour nous conter l’histoire de ce couple, Lily et Everett, tous deux descendants de riches exploitants agricoles qui ont immigrés en Californie dans l’espoir de faire fortune dans l’agriculture.

Nous voici alors transportés jusque dans les années 30 où l’on assiste à la genèse du couple que forment Lily et Everett. Insouciants, riches, les deux jeunes gens se marient vite, un enfant arrive peu après. Mais Lily s’ennuie alors qu’au même moment, en Europe, tout bascule. Elle joue la comédie, s’essaie aux mondanités mais ne maîtrise pas les codes de cette bonne société guindée. Alors pour se divertir, elle trompe Everett.

Plus que l’autopsie d’un couple, Une saison de nuits est une remise en cause de cette partie de la société américaine de l’époque. Les jeunes sont blasés et portent presque comme un fardeau l’héritage de leurs audacieux ancêtres. Incapables de faire fructifier la fortune familiale, ils traînent leur ennui sans même se soucier que, bientôt, la seconde guerre mondiale puis l’essor de la production de masse remettront tout en cause.

Lily et Martha, la soeur d’Everett, incarnent cet ennui, d’autant qu’on saisi bien que leur paralysie est accentuée par leur condition de femmes. On sent que l’émancipation est à portée de main mais que le poids des traditions est encore bien présent. L’air de rien, Joan Didion installe une atmosphère pesante et l’on sent que ce coup de feu introductif ne sera en fait que la conclusion d’une longue série de désillusions.

Une saison de nuits est le premier roman de Joan Didion. Paru aux Etats-Unis en 1963, il n’a étrangement été publié en France qu’en 2014. J’ai été bluffée par la simplicité et la mélancolie qui se dégagent de son écriture. Il n’y a pas d’espoir dans ce livre, juste la vie, telle qu’elle est, et c’est ce que j’ai particulièrement apprécié.

« Il semblait à présent qu’ils étaient condamnés à la jouer ensemble tous les jours de leur vie, devant se creuser la mémoire pour trouver des griefs inédits, chérissant les plus familiers, nourrissant à l’alcool les pousses déjà indestructibles de leur ressentiment ».

Une saison de nuits, de Joan Didion | Chez Grasset, 332 pages.

2 comments Add yours
  1. Les histoires de couples ne sont pas, moi non plus, ma tasse de thé. Mais, sous la plume de Didion, ça pourrait être intéressant! En tout cas, tu as su titiller ma curiosité. D’autant plus que je n’ai lu d’elle qu’un recueil de chroniques et que je me suis dit que je remettrai ça avec ses romans. Pourquoi ne pas commencer par son premier roman?!

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