Un roman russe | Emmanuel Carrère

Après mon éprouvante expérience Faulknerienne, j’ai eu envie de faire une petite pause respiration dans mon planning d’#avrilenamerique. Je me suis donc tournée vers une valeur sûre, un auteur qui ne m’a jamais déçue : Emmanuel Carrère. J’aime la littérature, j’aime le journalisme, donc rien de plus logique que j’adore un auteur qui mélange les deux si habilement.

Cette fois, j’ai choisi Un roman russe. Dans ce livre, Carrère part à la poursuite d’un fantôme : son grand-père maternel, dont il semble l’ombre planer au dessus de lui. Et pour cause, cet homme d’origine géorgienne, exilé en France après la révolution russe, a collaboré avec les allemands en se livrant à des travaux de traduction. En 1944, il a été arrêté par des hommes armés, sa famille ne l’a jamais revu. Il faut savoir qu’Un roman russe est avant tout une transgression, puisque la mère d’Emmanuel Carrère lui avait formellement demandé de ne pas écrire sur son père de son vivant, elle qui a renoncé à une carrière politique qui s’annonçait brillante de peur que le scandale éclate.

Emmanuel Carrère décrit lui-même Un roman russe comme un « récit autobiographique ». Et en effet, le livre ne se borne pas à raconter l’histoire de ce grand-père au travers de lettres conservées par la mère et l’oncle de l’auteur. Il raconte aussi la vie d’un Carrère au présent, qui se bat avec ses névroses et une histoire d’amour tellement destructrice qu’elle en paraîtrait presque irréelle.

La quête d’Emmanuel Carrère le mène jusqu’en Russie, à Kotelnitch, bourgade située à 800 km de Moscou, d’abord pour enquêter sur un mystérieux soldat géorgien interné à la fin de la seconde guerre mondiale, totalement amnésique, dans l’hôpital psychiatrique de la ville, avant d’être rendu à sa famille 60 ans plus tard. La vie terne à Kotlenitch, reflet parfait de la Russie post Union soviétique, frappe tellement l’auteur qu’il décide d’y retourner, quelques mois plus tard pour y tourner un documentaire : Retour à Kotelnitch, sorti en 2004.

Un roman russe est donc un enchevêtrement : on passe du grand-père à Kotelnitch, avant de revenir sur l’histoire d’amour de Carrère. Certains pourront voir dans ce livre une oeuvre profondément nombriliste. Il est vrai que Carrère s’y livre énormément, au point de dresser de lui-même un portrait bien peu sympathique, sorte de stéréotype du parisien bobo intello égocentrique. Pourtant, le récit va plus loin puisque l’auteur explore habilement le sujet du déterminisme social et à travers lui le déterminisme au malheur dont Carrère a longtemps eu la sensation d’être prisonnier. Au final, plus qu’un simple récit autobiographique, Un roman russe est le récit d’une libération et d’une émancipation.

« J’ai reçu en héritage l’horreur, la folie et l’interdiction de les dire. Mais je les ai dites. C’est une victoire. »

Un roman russe, d’Emmanuel Carrère | Aux éditions P.O.L, 368 pages, et en poche chez Folio, 400 pages.

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