Un poisson sur la lune | David Vann

De David Vann, j’ai lu et aimé Sukkwan Island (même s’il m’avait été honteusement spoilé par une bibliothécaire…) et Désolations. Quand je suis tombée sur Un poisson sur la lune à la bibliothèque, je n’ai donc pas pu résister. La quatrième de couverture laissait présager un livre dur et je n’ai pas été déçu.

Un poisson sur la lune David Vann

Dans ce livre, David Vann imagine les derniers jours de son père avant qu’il se suicide. Jim Vann est dépressif. Obsédé par son suicide, il sait désormais que sa mort est inéluctable. D’ailleurs, il ne se sépare jamais de son arme, pour être près à passer à l’acte à tout instant. Dentiste (métier qu’il déteste), lourdement endetté auprès du fisc, divorcé deux fois pour cause d’infidélité, il ne voit pas comment sa vie pourrait s’arranger. Pas étonnant quand on sait que l’une des conséquences de la dépression est d’annihiler tout espoir et tout optimisme.

Son état est si préoccupant qu’il a été contraint de retourner vivre chez son frère, à qui revient la lourde tâche de le surveiller constamment. Au départ occasion de se faire soigner, ce voyage se transforme finalement en tournée d’adieu. Jim Vann revoit ses jeunes enfants, ses anciens amis, ses ex-femmes, ses parents. Des rencontres qui réveillent autant de souvenirs qui, peut-être, lui donneront envie de s’accrocher à la vie.

Une lecture difficile

Dans Un poisson sur la lune, on retrouve les thèmes fétiches de David Vann : les armes, la mort, la famille. La seule différence, c’est qu’en imaginant les derniers jours de son père, l’auteur a mis dans ce récit une part de son histoire personnelle. On imagine la souffrance qu’a dû être pour lui l’écriture de ce livre. Mais bien qu’il soit hautement personnel, David Vann parvient à livrer un récit sans concessions certes, mais objectif. À aucun moment on ne saura ce qu’il pense de l’acte de son père.

C’est en réalité une description crue de la dépression et du suicide qui est ici proposée. Une description qui mettra plus d’un lecteur mal à l’aise mais qui est pourtant terriblement réaliste. Les lecteurs les moins familiers de cette maladie ne ressentiront que du mépris vis-à-vis de ce père de famille, en apparence privilégié, qui décide égoïstement qu’il veut mourir. Les autres y trouveront des phénomènes qu’ils connaissent bien : la perte de sens, le désespoir, l’incompréhension des proches, leur inquiétude et leur impuissance mais aussi la stigmatisation de la société.

Je ne vous le cacherai pas, la lecture d’Un poisson sur la lune est difficile, insoutenable parfois. C’est un livre qui fait mal, qu’on lit en retenant notre respiration, mais qui est aussi terriblement nécessaire. Car après tout, n’est-ce pas aussi le rôle de la littérature de nous secouer et de dépeindre une réalité qui n’est souvent pas si rose ?

« Les gens seraient-ils en réalité tous au bord du suicide, toute leur vie, obligés de survivre à chaque journée en jouant aux cartes et en regardant la télé et en mangeant, tant de routines prévues pour éviter ces instants de face à face avec un soi-même qui n’existe pas ? »

Un poisson sur la lune, de David Vann, traduit par Laura Derajinski | Aux éditions Gallmeister, 288 pages.

Photo de Benjamin Voros via Unsplash.

  1. Comme beaucoup, j’ai découvert cet auteur avec Sukkwan Island (et j’avais eu la chance : pas de spoiler !), et malgré ses deux autres titres qui traînent sur mes étagères (Désolation et Aquarium), je ne l’ai pas relu, en raison d’un a priori, je crois, que me fait craindre que son premier titre était son meilleur, et que le reste n’en est qu’une pâle répétition… A priori stupide, comme le prouve les avis très positifs que je lis souvent sur ses autres titres : David Vann a fait ses preuves, depuis le temps… Bon, il faut vraiment que je m’y remette ! Et je note ce titre, qui a l’air très fort.

    1. C’est vrai que Sukkwan Island est vraiment excellent et je t’avoue que j’avais la même appréhension, mais je t’encourage quand même à lire Un poisson sur la lune qui est très différent !

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