Slouching Towards Bethlehem | Joan Didion

Si l’on connaît bien la Joan Didion romancière, on a tendance à oublier qu’elle est également une grande journaliste. Slouching Towards Bethlehem est un recueil de textes – en anglais – publiés dans la presse américaine dans les années 1960.

Tous ces textes ont un thème commun : la Californie. Ici, point d’objectivité, ces récits s’inscrivent dans le mouvement du nouveau journalisme initié par Tom Wolfe et Truman Capote. La narration se fait à la première personne du singulier, le style est littéraire, mais l’enquête et la précision des faits propre au travail journalistique sont également au rendez-vous.

C’est donc à travers le regard de Joan Didion que l’on découvre cette Californie des années 60, en plein coeur du mouvement hippie. Le livre est divisé en trois parties. Dans la première, Lifestyles in the Golden Land, l’autrice aborde la vie en Californie à cette époque. On y croise des hippies, une réflexion sur John Wayne, une enquête sur l’école pacifiste fondée par Joan Baez ou encore le récit du meurtre d’un père de famille par son épouse.

La seconde partie réunit plusieurs textes plus intimes de Joan Didion. Mon préféré, On Keeping a Notebook, aborde les difficultés de l’autrice à tenir un journal, celle-ci préférant jeter des pensées et moments vécus sur des petits carnets de façon aléatoire.

La dernière partie, enfin, est une description de lieux chers à Joan Didion ou pas. J’ai particulièrement aimé le texte Rock of Ages, qui décrit la vie sur l’île d’Alcatraz depuis la fermeture de la prison.

Déconstruire un mythe

Mais c’est certainement l’essai qui doit au livre son titre, « Slouching Towards Bethlehem » qui m’a le plus passionnée. Joan Didion propose ici une plongée au sein du mouvement hippie de San Francisco. Didion, en immersion dans le quartier Haight-Ashbury, berceau du mouvement de contre-culture des années 1960, déconstruit paragraphe après paragraphe le mythe du Peace and love. D’abord rencontre avec des personnes singuliers, hauts en couleur et, pour certains, attachants, le récit met petit à petit en lumière l’envers du décors, entre drogues, misère et irresponsabilité. Sa conclusion est d’ailleurs implacable.

Si Slouching Towards Bethlehem n’a pas été traduit en français, certaines des chroniques qu’il contient figurent dans L’Amérique, publié chez Grasset puis au Livre de poche. Avis aux amateurs, donc.

« Avoir ce sens de sa valeur intrinsèque qui constitue le respect de soi, c’est potentiellement tout avoir : la capacité de discriminer, d’aimer et de rester indifférent. En manquer, c’est s’enfermer en soi, paradoxalement incapable d’amour ou d’indifférence ».

Slouching Towards Bethlehem, Joan Didion | Farrar, Straus and Giroux, 226 pages (en anglais)

Photo de Paul Trienekens via Unsplash.

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