Sale gosse | Mathieu Palain

Moi qui ai toujours au moins une voire deux rentrées littéraires de retard, je me suis laissée tentée cette année par un livre dont le thème m’a attirée. Dans Sale gosse, Mathieu Palain s’intéresse en effet à un sujet sensible et forcément casse-gueule : la délinquance juvénile.

« On ne choisit pas ses parents, On ne choisit pas sa famille », comme chantait l’autre. Wilfried, lui, ne pouvait pas plus mal tomber : sa mère est une junkie, son père inexistant. Placé en famille d’accueil dès son plus jeune âge, le garçon se fait renvoyer du centre de formation de l’équipe de foot d’Auxerre à l’adolescence à cause de ses accès de violence. De retour en banlieue, c’est le schéma classique : mauvaises fréquentations, échec scolaire… Et quand sa mère biologique décide de faire surface dans sa vie, c’est la dégringolade. C’est là qu’il rencontre Nina. Educatrice à la protection judiciaire de la jeunesse (la PJJ), c’est elle qui prend en charge le jeune homme après qu’il a agressé une femme dans la rue.

Sale gosse fait partie de ces livres qu’on peine à lâcher une fois qu’on les a ouvert. Je l’ai d’ailleurs dévoré en une demi journée. Le risque avec ce genre de sujet, c’est de tomber dans le pathos ou de prendre partie d’un côté ou de l’autre. Rien de tout ça ici. Mathieu Palain nous propose une plongée hyper réaliste dans le quotidien des services de la PJJ et des jeunes à qui ils viennent en aide. Si nous sommes bien dans un livre de fiction, c’est comme un documentaire qu’on lit ce livre. Ce réalisme ne sort d’ailleurs pas de l’imagination de l’auteur, celui-ci ayant passé six mois en immersion au sein des services de la PJJ d’Auxerre.

Pas de sentimentalisme, ni de sensationnalisme

C’est une belle galerie de personnages attachants qui gravitent autour de Wilfried et de Nina que dresse ici l’écrivain. On rencontre Viviane, François, Nabil, de jeunes délinquants qui se révèlent surtout en danger. Il y a aussi Marc, Nina et Romane. Ils sont éducateurs à la PJJ, sont souvent passionnés par ce qu’ils font mais luttent contre le manque de moyens. Ce sont eux qui se retrouvent en première ligne face à la misère sociale.

Plus fort encore, Mathieu Palain se contente de décrire sans juger. Pas de sentimentalisme, pas de sensationnalisme, il laisse le lecteur se forger sa propre opinion. Sale gosse, c’est un récit brut mais profondément humain porté par une écriture tranchante et moderne. Un premier roman plus que prometteur qu’on pourrait qualifier d’utilité publique.

« Quand je suis arrivée à la PJJ, je voulais changer le monde. Aujourd’hui, j’essaye de ne pas l’abîmer. Ton métier c’est semer sans jamais récolter ».

Sale gosse, de Mathieu Palain | Aux éditions Iconoclaste, 352 pages.

Photo de Mari Carmen Del Valle Cámara via Unsplash.

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