Sale boulot | Larry Brown

Larry Brown m’avait déjà bluffée avec Père et fils, cette fois-ci, il m’a carrément clouée sur place. C’est simple, j’ai retrouvé dans Sale boulot, premier roman de Brown, les mêmes qualités que j’ai tant aimées dans Père et fils, et plus encore.

Sale boulot, c’est un huis-clos dans la chambre d’un hôpital pour vétérans de l’armée américaine. D’un côté, il y a Walter James, gueule cassée de la guerre du Vietnam. De l’autre, il y a Braiden Chaney, amputé des deux bras et des deux jambes, lui aussi lors de la guerre du Vietnam. Ça fait 22 ans qu’il est cloué sur ce lit. Le livre raconte leur premier journée et leur première nuit de cohabitation. Entre deux bières et deux cigarettes, Walter raconte à Braiden son parcours chaotique. Ce dernier, moins loquace, préfère voyager dans sa tête jusqu’en Afrique ou dialoguer avec Jésus, qu’il supplie d’abréger ses souffrances.

Ce qui surprend avant tout dans Sale boulot c’est que ce livre ne se révèle pas être ce qu’on attend. La quatrième de couverture est trompeuse. Elle parle de guerre, elle parle d’un homme noir et d’un homme blanc. Or, il n’est à aucun moment question d’inégalités raciales, et les récits de scènes de guerre ne sont là que pour brièvement expliquer les blessures des deux hommes. Pourtant, ce livre est profondément anti-militariste. Il décrit avec force comment la guerre peut briser des hommes, suspendre le cours d’une vie.

Le propos est servi par deux protagonistes humains, réels, bruts. Comme dans Père et fils, l’écriture est acérée, il n’y a aucune fioritures, les phrases sont courtes, le verte tranchant, on sent que chaque mot a été choisi avec soin. Larry Brown est décidément un très grand auteur. Rares sont les auteurs à réussir à transmettre un message si profond avec une telle force en seulement 200 pages, Larry Brown est sans conteste l’un d’entre eux.

« Les gens pensent que l’homme est cruel. Mais qu’est-ce qu’il faut dire de l’enfant de l’homme ? Y a rien de plus méchant qu’un petit enculé sadique de six ans en liberté dans une cour d’école. Vous croyez qu’il faut attendre d’être adulte pour devenir fou dangereux ? Mon cul ! »

Sale boulot, de Larry Brown | Chez Gallmeister, 208 pages

3 comments Add yours
  1. J’ai lu Faye du même auteur mais il m’a tellement déçu que je pense, je ne lirai plus jamais un autre de ses livres. Par contre de voir qu’en réalité c’est un très bon écrivain.

    1. Effectivement ce n’est pas la première fois que je lis ça. Je ne suis pas sûre de le lire, c’est peut-être préférable de rester sur Sale boulot qui est vraiment très bon.

  2. « Père et fils » et « Sale boulot » étant plutôt court. « Fay » étant un pavé. Je tends à penser que Brown excelle dans la forme plus courte, moins dans la longue. J’ai hâte de lire « Joe », qui sera sans aucun doute meilleur que cette « Fay »!
    Je suis ravie que ce « sale boulot » ait autant résonné que chez moi. Quelle claque, hein?

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