Royal | Jean-Philippe Baril Guérard

Je disais il y a peu que je suis particulièrement sensible à la couverture des livres en ce moment. Royal, de Jean-Philippe Baril Guérard, en est un nouvel exemple.

Bienvenue à la faculté de droit de l’Université de Montréal, temple de l’égo et de la compétition. Dans ce livre, Jean-Philippe Baril Guérard nous plonge dans le quotidien d’un étudiant en première année, entre révision et course aux stages. La course aux stages, particularité québécoise qui n’existe pas en France, consiste pour les jeunes étudiants à faire tout leur possible pour décrocher une place dans l’un des gros cabinets de la ville. À la clé : un salaire mirobolant et une carrière toute tracée. Pour y parvenir, il faut être le meilleur. Ecraser les autres, briller aux examens et lécher des fesses, beaucoup de fesses.

Sauf que les choses ne sont pas aussi faciles pour notre narrateur. Pétri de confiance en lui, le jeune homme ne parvient à obtenir qu’une note passable à ses premiers examens. Commence alors une lente chute en enfer, une remise en question totale pour ce petit mec qui n’a semble-t-il jamais été confronté à l’échec de toute sa vie. Il s’enfonce alors dans une lente dépression, gobe des pilules pour tenir le coup : antidépresseurs, anxiolytique, aides à la concentration. Sa vie prend l’eau, mais il ne lâche pas, il veut réussir, quoi qu’il lui en coûte.

Il est détestable ce personnage, il pue l’orgueil, il transpire d’égocentrisme, il méprise tout le monde, surtout les femmes. Pourtant, je n’ai pas complètement réussi à le haïr, il m’a surtout inspiré beaucoup de pitié. Et ils sont nombreux, ces jeunes à qui la société fait croire qu’une vie réussie c’est avoir un métier, ou plutôt un titre, respectable et de l’argent (beaucoup d’argent). Pourtant derrière il n’y a que du vent, un vent bien glacial, une tristesse infinie et en fin de compte un avenir bien terne.

Une excellente lecture, donc, empreinte de cynisme mais surtout de clairvoyance. J’ai adoré l’écriture de Jean-Philippe Baril Guérard, sa plume acerbe et l’originalité de la narration à la deuxième personne du singulier qui confère au récit beaucoup de dynamisme. Je compte bien me procurer rapidement Manuel de la vie sauvage, son dernier roman en date, consacré cette fois-ci au joyeux monde des start-up, dont Marie-Claude a déjà dit beaucoup de bien.

« Tu voudrais lui dire l’amour est pas une ressource renouvelable, Aurélie, j’ai foutu le feu à la plateforme de forage, j’ai brûlé tout ce que je pouvais extraire, et j’ai dansé autour du feu de joie sans même me rendre compte que ça m’écorchait la peau, pendant que d’autres investissaient dans ce qui se tarit pas. Tu voudrais lui dire je pense pas que ça arrivera de nouveau, ni avec toi ni avec une autre, je suis pas de ceux qui ont besoin de monter six fois l’Everest, une fois c’est assez, j’ai d’autres chats à fouetter. Tu voudrais lui dire oublie l’amour, Aurélie, il y a des choses qui coûtent moins et qui rapportent plus, dans la vie. »

Royal, de Jean-Philippe Baril Guérard | Aux éditions de ta mère, 287 pages | Disponible en France auprès de la librairie du Québec à Paris.

Photo de Nathan Dumlao via Unsplash

  1. Très réjouissant, ce billet!
    Depuis ma lecture de « Manuel de la vie sauvage », je compte lire les deux autres tome de la «trilogie».
    Je suis aussi très sensibles aux couvertures. Et celles des éditions de ta mère sont souvent très à mon goût!

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