Rendez-vous à Positano | Goliarda Sapienza

Après la découverte de L’art de la joie, qui m’a éblouie, il ne m’a pas fallu longtemps pour me replonger dans la prose de Goliarda Sapienza. Rendez-vous à Positano est son dernier roman, le récit solaire et intense d’une belle amitié entre l’autrice et une autre femme, rencontrée à la faveur du destin.

Ce livre, c’est l’histoire de deux coups de foudre. Celui, d’abord, que Goliarda va ressentir pour le village de Positano, près de Naples, alors qu’elle est en repérage pour le tournage d’un film en 1948. « Mais quelques heures avaient suffi pour nous convaincre que l’endroit était trop beau et empreint de magie pour une histoire comme la nôtre », raconte l’autrice. Elle n’en a pas pour autant fini avec ce village posé à flanc de montagne, qui plonge droit vers la mer et recèle de vertus presque surnaturelles. Il « guérit de tout, vous ouvre l’esprit sur les douleurs passées et vous éclaire sur les présentes, et vous préserve souvent de tomber dans l’erreur ». Charmée, choquée même, par la beauté de l’endroit, Goliarda Sapienza ne cessera d’y revenir, pour s’imprégner de son atmosphère et de ses habitants attachants.

C’est lors de l’un de ces séjours qu’elle va faire la connaissance d’Erica, une jeune femme qui va exercer, dès le premier regard, une véritable fascination sur Goliarda. « La princesse », comme on l’appelle à Positano, est jeune, riche, belle et mystérieuse. C’est un coup de foudre qui opère entre les deux femmes.

De l’amitié, rien n’est oublié

De par leur parcours, elles n’ont que peu de choses en commun, mais Erica et Goliarda vont se trouver comme naturellement, le destin me direz-vous. C’est ainsi qu’une amitié sincère et passionnelle va progressivement s’épanouir dans la langueur de Positano. Une amitié qui les liera pendant de nombreuses années. Certains suspecteront même une relation amoureuse entre elles, comme c’est souvent le cas dès qu’il est question d’amitiés féminines.

Au cours de ces étés passés à Positano, Goliarda va recevoir les confidences de son amie, même les plus intimes et les plus inavouables. La vie d’Erica, contée sous la plume de Goliarda, se révèle passionnante. Une vie de jeune bourgeoise déclassée, qui sacrifiera tout pour assurer le bonheur des siens. Et de l’amitié, rien n’est oublié : confiance, abandon, rire, inquiétude et jalousie.

Un livre précieux

Le village tient quant à lui un rôle à part entière. On le sent évoluer, en même temps que cette amitié. D’espace préservé et hors du temps, Positano va se muer en station balnéaire bétonnée, avec son lot de touristes débraillés et de boutiques de souvenirs. Ses habitants, eux, ne changent pas, et Goliarda Sapienza en dresse des portraits vivants.

Dans Rendez-vous à Positano, j’ai retrouvé tout ce que j’avais aimé dans L’art de la joie. Une écriture intelligente, une analyse fine de l’être humain mais aussi la force des émotions, que l’autrice transmet comme personne. C’est un livre précieux, qui nous rappelle à quel point l’amitié, la vraie, l’est tout autant.

« C’est la difficulté de raconter sa vie aux autres : les choses douloureuses sont prises globalement et deviennent insupportables, alors qu’il n’en est pas ainsi. Parce que dans la douleur aussi il y a de la vie, et puis les douleurs sont diluées dans le temps, avec des parenthèses de parfait bonheur, de sérénité et de satisfactions. »

Rendez-vous à Positano, de Goliarda Sapienza, traduit de l’italien par Nathalie Castagné | Aux éditions Le tripode, 220 pages, 11 €.

Photo de Une : @canmandaweUnsplash

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