Quand arrive la pénombre | Jaume Cabré

Je ne lis jamais de nouvelles, ou presque. La dernière fois que ça m’est arrivé, il me semble que c’était il y a près de dix ans. Il faut dire que quand, comme moi, on est avide de pavés, qu’on aime s’immerger dans une histoire au long cours, on peut vite se retrouver frustrée face à une histoire courte. Je me suis néanmoins laissée tenter par Quand arrive la pénombre, et j’ai bien fait.

Car quand il n’écrit pas des chefs d’oeuvres (je pense à Confiteor, que je vous conseille), Jaume Cabré rédige des petits textes, selon son inspiration du moment. Quand arrive la pénombre n’est pas qu’un simple agrégat de récits éparses, qui n’ont pour point commun que leur auteur. Ici, les nouvelles partagent toutes la même thématique : la mort violente. Le recueil a aussi un fil conducteur : un tableau de Millet, La fermière, dans lequel les personnages entrent et sortent, comme nous-mêmes, lecteurs, entrons dans l’esprit des protagonistes mis en scène par l’écrivain catalan.

Nous voici donc confrontés à un jeune homme abandonné dans un pensionnat religieux par son père, où il subira les pires sévices dont il voudra se venger ; un tueur à gage, qui tue pour l’argent, sans affect ; un tueur d’enfants, qui a assassiné cinq fois mais, il l’assure, n’est « pas quelqu’un de violent » ; ou encore un homme qui veut se débarrasser de sa femme pour vivre avec sa maîtresse.

Une noirceur latente

A travers tous ces personnages, c’est le sujet du passage à l’acte qu’interroge ici Jaume Cabré. Qu’est-ce qui fait qu’un jour, Monsieur tout-le-monde va sauter le pas et assassiner quelqu’un ? Et qu’est-ce qui différencie ces meurtriers improvisés des professionnels du crime ? En tout cas, une chose les rassemble : tous sont des êtres humains. Et c’est justement la noirceur de l’âme humaine qui est dépeinte, une noirceur latente, qui se réveille pour des motifs aussi futiles que douloureux.

J’ai également particulièrement apprécié l’intelligence avec laquelle ce recueil a été construit. Les treize nouvelles (ça ne s’invente pas…) se répondent entre elles. A plusieurs reprises, je me suis retrouvée à la fin d’un texte avec plusieurs questions auxquelles j’ai trouvé des réponses quelques pages plus loin. La construction est tellement ingénieuse que ce recueil prend parfois des airs de roman choral.

L’écriture, elle, est parfaitement maîtrisée. Cerise sur le gâteau : l’auteur parvient à parsemer son sombre récit de petites touches d’un humour noir à souhait.

Une chose est sûre, Quand arrive la pénombre me donne envie de m’intéresser de plus près aux recueils de nouvelles et ça, c’est une sacrée performance.

« À cet instant, il fut incapable de se demander pourquoi les histoires de la vie finissent toujours par la mort, comme s’il n’y avait pas, pour toutes les choses, une autre fin possible. »

Quand arrive la pénombre, de Jaume Cabré, traduit du catalan par Edmond Raillard | Actes sud, 269 pages, 22 €.

Photo de Une : David LevêqueUnsplash

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