Parmi les loups et les bandits | Atticus Lish

Pour une raison que je ne m’explique toujours pas, ce livre, paru en 2016 et élu Grand prix de littérature américaine la même année, m’était encore inconnu jusqu’à il y a quelques semaines. Un comble pour quelqu’un qui se targue d’être passionnée par ce type de littérature. Toujours est-il que les prix sont parfois trompeurs et j’ai tendance à prendre les livres primés avec des pincettes. Force est pourtant de constater que celui-ci était clairement mérité.

Nous sommes à New-York, quelques années après le 11 septembre. Zou Lei, une jeune clandestine chinoise d’origine ouïghoure essaie de survivre en accumulant les petits boulots au noir mal payés. Brad Skinner, vétéran de la guerre d’Irak tout juste démobilisé, traîne ses rangers dans la ville, hanté par les combats et la mort de ses camarades. Un jour, leur route se croise et l’amour naît mais bien évidemment, les choses ne sont pas aussi simples. Les services de l’immigration sont une menace constante pour Zou Lei qui craint la prison et l’expulsion. Brad, lui, se bat contre le syndrome de stress post-traumatique qui le ronge depuis qu’il est rentré d’Irak.

C’est la quête de sérénité de ces deux jeunes laissés pour compte que nous raconte ici Atticus Lish. Tous les travers de la société américaine sont ici décrits à travers ces deux jeunes gens que tout oppose. Elle est clandestine, musulmane de surcroît. Il est patriote et a combattu pour son pays contre l’islamisme radical. Pourtant, Zou Lei et Skinner sont tous les deux des laissés pour compte du rêve américain. Elle peine à faire sa place dans un pays qui ne veut pas d’elle, ce même pays qui laisse ses anciens combattants, dont Skinner, livrés à eux-mêmes.

Lish nous décrit leur errance dans un New-York composé de millions d’anonymes bien éloignés du rêve américain. Dans ce monde où Manhattan n’est qu’une succession de buildings à l’horizon, l’espoir n’a pas vraiment sa place quand on vient de nulle part. Parmi les loups et les bandits est un récit violent, porté par deux personnages particulièrement puissants, et dont on ressort étourdi mais ébloui. Le lecteur est sans cesse balloté entre cette histoire d’amour, passionnée, brûlante, et la violence du quotidien dont rien de bon ne semble pouvoir sortir.

« Jimmy n’avait pas souri depuis un an. Ce qui s’approchait le plus d’un sourire était une sorte de tolérance à court terme octroyée à la personne qui lui parlait. Puis il s’allongeait, tirait son drap sur lui et restait là comme un sac de linge sale ».

Parmi les loups et les bandits, d’Atticus Lish| Traduit par Céline Leroy | Chez Buchet Chastel, 560 pages, et au Livre de poche, 648 pages.

4 comments Add yours

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.