La note américaine | David Grann

Attention, lecture d’utilité publique.

Depuis que je vis au Canada et après ma visite du musée de l’histoire du Canada à Ottawa en octobre (dont je vous parlais déjà ici), je m’intéresse beaucoup à l’histoire des premières nations d’Amérique. Forcément, quand mon regard a croisé la couverture de ce livre à la bibliothèque, j’ai craqué.

La note américaine, c’est l’Histoire des amérindiens dans ce qu’elle a de plus sombre et de plus consternant. Nous sommes en 1921, les indiens sont déjà parqués dans des réserves où les américains les abreuvent d’alcool. Ils survivent tant bien que mal. Un peuple fait exception : les Osages, que le gouvernement avait relégué sur une pauvre terre rocailleuse après leur avoir volé leur territoire. Le hasard étant parfois bien fait, il s’est trouvé que cette terre en apparence bien misérable abritait en réalité des gisements de pétrole. Les Osages sont alors devenus riches, très riches. Tellement riches qu’ils pouvaient se permettre d’avoir des domestiques blancs…

Mais un jour, un homme et une femme, tous deux membres de la tribu disparaissent. Ils sont retrouvés quelque temps plus tard, assassinés. Le drame ne s’arrête pas là. Deux femmes meurent empoisonnées, une maison explose en pleine nuit, ses trois occupants sont tués. Parmi ces morts, la plupart appartient à une même famille. Il faut pourtant plusieurs années aux autorités pour réagir et lancer enfin une enquête sérieuse. La corruption est monnaie courante et, surtout, les victimes sont des indiens. L’enquête est finalement confiée au Bureau of Investigation, qui deviendra le FBI en 1935. Son directeur, le jeune Edgar Hoover met son meilleur agent sur le coup. La recherche est laborieuse et la condamnation des coupables, des années plus tard, encore plus.

Précisons que dans ce livre, tout est vrai. Il ne s’agit pas d’un roman mais bien d’une enquête minutieuse à laquelle s’est livré le journaliste américain David Grann pendant plusieurs années. Ses recherches sont soigneusement sourcées, illustrées. Le talent de l’auteur est tel que l’on a l’impression de lire une fiction, pourtant son récit ne fait que rendre compte d’une des multiples facettes de l’extermination des premières nations qui reste, rappelons-le, l’un des fondements de l’Amérique.

Comme l’a dit Marie-Claude avant moi, c’est écoeurant, révoltant, mais terriblement brillant. Du grand journalisme, comme on aimerait en voir plus souvent.

« Un éminent membre de la tribu dit les choses encore plus franchement : Je me demande si ce jury considère qu’il s’agit bien ici de meurtres et non de maltraitance sur des animaux” »

La note américaine, de David Grann | Traduit de l’anglais par Cyril Gay | Aux éditions Globe, 352 pages.

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