M pour Mabel | Helen Macdonald

J’en ai lu du mal sur ce livre ! On l’a qualifié de chiant, d’inutile, d’égoïste, d’incitation à la maltraitance des animaux sauvages et j’en passe. J’aurais pu rejoindre ces voix tant M pour Mabel est aux antipodes de ma zone de confort. Pourtant, Helen Macdonald a réussi à me séduire avec ce récit autobiographique dans lequel elle nous raconte l’apprivoisement d’un rapace.

Tout commence par un drame. Le jour où son père meurt, Helen Macdonald, historienne et naturaliste à l’université de Cambridge, sombre peu à peu dans la dépression. Passionnée depuis toujours par la fauconnerie, elle réalise qu’il n’y a qu’une seule façon pour elle de s’en sortir : apprivoiser un rapace. Elle choisit une jeune autour d’élevage âgée de huit semaines et la nomme Mabel. Cette espèce est réputée pour être la plus difficile à apprivoiser. Petit à petit, Helen s’isole du monde et vit en autarcie puis en totale osmose avec son oiseau. Cette expérience est aussi l’occasion pour elle de revenir sur son passé et sur sa relation avec son père.

En parallèle du journal de bord de ce dressage, Helen Macdonald évoque l’expérience similaire qu’a mené l’écrivain Terence Hanbury White, auteur de la trilogie La Quête du roi Arthur dont une partie, L’Epée dans la pierre, a été adapté par Disney sous le titre Merlin L’enchanteur. White est aussi l’auteur de The Goshawk (L’autour) dans lequel il raconte la relation malsaine qu’il a entretenu avec un rapace. L’homme s’est en effet livré à un dressage sévère, qui relève en réalité plus de la maltraitance qu’autre chose. Là aussi, l’apprivoisement était motivé par un profond mal-être et j’ai trouvé particulièrement judicieux de mettre en miroir ces deux expériences.

Qui apprivoise l’autre ?

Le dressage auquel s’est livré Helen Macdonald est à mille lieue de celui de White. Elle traite son oiseau avec respect, avec déférence même. Si elle arrive peu à peu à apprivoiser l’animal, on voit bien que celui-ci ne perd jamais vraiment son côté sauvage. D’ailleurs, c’est à un transfert que l’on assiste finalement puisque l’autrice devient peu à peu animale, à tel point qu’on ne sait plus exactement qui apprivoise l’autre. C’est justement l’expérience de cette animalité qui va lui donner envie de remonter la pente.

Car M pour Mabel, c’est aussi le récit de la lente descente aux enfers qu’est la dépression puis de la lente renaissance qui s’en suit. À côté de ces réflexions profondes, Helen Macdonald, dont j’ai particulièrement aimé la prose, nous parle de fauconnerie. Elle réussit à passionner quelqu’un comme moi, qui ne manifestait pourtant aucun intérêt pour ce sujet. En fin de compte, ce livre est selon moi un vibrant hommage à la nature sauvage et à ces rapaces que je ne regarderai plus jamais comme avant.

« L’autour était un feu qui dévorait ma douleur. Il ne pouvait y avoir en elle ni regrets ni deuils. Ni passé ni avenir. Elle ne vivait que dans l’instant présent et c’était là mon refuge. Sur ces ailes barrées et battantes, je pouvais m’enfuir loin de la mort. Mais j’avais oublié que l’énigme de la mort était inextricablement liée à l’autour, et que, moi aussi, j’y étais reliée. »

M pour Mabel, de Helen Macdonald, traduit par Marie-Anne de Béru | En poche chez 10|18, 408 pages.

Photo d’Alex Blăjan via Unsplash.

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