Les immortalistes | Chloé Benjamin

Voici un livre qui m’a un peu ébranlée. Je l’avais pourtant choisi un peu par hasard, intriguée par son titre et attirée par sa couverture apaisante. De cette lecture, je n’en suis pourtant pas sortie très apaisée. Loin s’en faut, j’en ai versé des larmes… Chose assez rare pour être signalée d’ailleurs — c’est en partie pour ça que j’ai toujours préféré la littérature au cinéma : les mots ne me font que très rarement pleurer, contrairement aux images.

Les immortalistes, c’est une fratrie de quatre New-Yorkais, deux garçons, deux filles. Le récit débute en 1969, quand les enfants Gold rendent visitent à une femme réputée pour être capable de prédire aux gens la date de leur mort. De prime abord, le sujet peut paraître un peu banal : que feriez-vous si vous saviez combien de temps il vous reste à vivre ? Il est pourtant traité ici de façon originale et habile : on ne connaît dès le départ la date de la mort que d’un seul d’entre eux, censé mourir à l’âge de 81 ans. Pour les autres, on ne peut que se douter que la vie sera bien plus brève.

Le livre est découpé en quatre parties, chacune étant consacrée, vous l’aurez deviné, à un des enfants Gold jusqu’au jour de sa mort. Le récit s’étale entre 1978 et 2010. Il y a Klara, la fantasque, passionnée depuis toujours par la magie et qui rêve d’avoir son propre spectacle. Il y a Simon, le benjamin, destiné à reprendre l’entreprise familiale de textiles mais qui partira sur un coup de tête à San Francisco pour pouvoir enfin vivre son homosexualité au grand jour. Il y a Daniel, le raisonnable devenu médecin dans l’armée, qui a finalement l’impression d’être passé à côté de ses convictions. Et puis il y a Varya, la scientifique dont les recherches visent  à trouver un moyen de prolonger la vie humaine (tiens tiens…).

Tout le long du récit, on se demande si chaque personnage ne fait que suivre le destin qui était tracé, ou si, la date annoncée par la voyante bien en tête, comme une fatalité, il précipite sa mort pour donner raison à la prédiction. Chacun se fera une opinion selon ses convictions personnelles.

Les immortalistes, c’est donc une réflexion puissante, bouleversante même, sur la vie. Ils sont touchants ces enfants Gold, chacun dans leur genre. Et très réalistes surtout, l’un ou plusieurs d’entre eux vous rappellera forcément une petite part de vous-même. C’est aussi une réflexion sur la famille et sur les relations entre frères et soeurs, sur cette rivalité qui peut nous habiter et cet attachement qui reste si fort, malgré tout.

Le récit est porté par une belle écriture, très simple, presque pudique compte tenu du sujet abordé et des drames qui parsèment ce livre. Chloé Benjamin est assurément une écrivaine sur laquelle il va falloir compter ces prochaines années.

« Le coût de la solitude était élevé, mais celui de la perte plus encore ».

Les immortalistes, de Chloé Benjamin | Au xéditions Stéphane Marsan, 416 pages.

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  1. Il a fait tellement de bruit à sa sortie aux USA mais du coup j’ai hésité – je l’ai croisé à Montréal et j’ai hésité. Du coup, il va remonter dans la liste des lectures à faire !

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