Les hérétiques | Elyse Carré

Si je lis rarement de nouveautés, je me suis laissée tenter, à l’occasion d’un récent passage en librairie, par Les hérétiques d’Elyse Carré. Il faut dire que trois mots de la quatrième de couverture ont suffi pour me conquérir : roman choral et féminisme. Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce roman qui restera l’une de mes lectures préférées de 2020.

Autant le dire tout de suite : le roman choral est mon genre littéraire préféré. J’aime lire une histoire à travers les yeux de différents personnages. Et j’adore ce moment où ces personnes, a priori sans rapports les unes avec les autres, vont finir par converger pour former un récit puissant. Le roman choral est aussi l’un des genre les plus casse-gueule. Il n’est déjà pas évident de construire un personnage principal de qualité, alors plusieurs… Dans Les hérétiques, son premier roman, Elyse Carré réussit pourtant le tour de force de créer cinq protagonistes aussi intéressantes que fortes. J’emploie ces mots au féminin car c’est là qu’intervient le deuxième atout de ce livre : il regorge de personnages féminins magnifiques.

Cinq héroïnes

Les héroïnes principales sont donc au nombre de cinq. Leurs personnalités sont complexes, profondes, attachantes et terriblement réalistes. Elles évoluent sur des continents différents, à des époques différentes, voire peut-être même dans mondes différents.

L’Hérétique est une guérisseuse du Moyen-Âge, forcée de fuir son village pour échapper au bûcher. Ruth est une femme au foyer américaine, épouse modèle et mère de trois fils qui s’oublie alors que la guerre du Vietnam fait rage. Federica est une jeune italienne qui a soif de justice sociale et milite à l’extrême gauche à la fin des années 60. Ioulia, elle, est une toute jeune femme qui vit de sa grande beauté dans un Moscou aseptisé de la fin du XXIè siècle. Ispao, enfin, est un personnage non genré qui évolue dans une société non datée et non localisée.

Questionner l’ordre établi

Ces narratrices n’ont a priori rien en commun, elles partagent pourtant toutes la même force de caractère, une soif d’indépendance, cette capacité à questionner l’ordre établi et le refus de s’y plier. Leurs histoires, au premier abord très différentes, s’imbriquent petit à petit, au gré des rebondissements, et c’est très progressivement qu’un lien se crée entre elles. Le côté « chorale » fonctionne très bien. Tellement bien que ce roman a un réel côté addictif.

À travers ces cinq personnages, Elyse Carré nous montre que la lutte pour les droits des femmes et pour la liberté de manière générale est une bataille universelle et intemporelle. Elle nous montre également que les moyens de lutter sont divers et que chacune d’entre nous peut contribuer à sa manière, que ce soit avec le combat politique, comme Federica, ou en étant solidaire des autres femmes, comme Ruth. Elle nous rappelle aussi que la peur d’agir et la colère des autres risquent toujours de nous enfermer dans le statu quo ou de conduire à une régression.

Cette histoire, portée par une écriture agréable et sans fioritures, est assurément un hommage aux femmes et aux combats féministes. Quant à Elyse Carré, nul doute que je suivrai son travail de très près.

« Il est des instants où tout se précipite, où la vie prend la coloration d’une photographie surexposée. Une lumière plus vive, plus tenace lui donne une intensité incomparable, et ce qui jusque-là avait été extérieur, incertain, devient intimement évident. »

Les hérétiques, d’Elise Carré | Aux éditions Inculte, 752 pages, 22,90 €.

Et pour lire les premières pages, c’est ici !

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