Les filles de Salem | Thomas Gilbert

« Comment ? Une BD sur ce blog ? Mais je rêve ! » Eh non, vous ne rêvez pas. Une fois n’est pas coutume, je vous parle aujourd’hui d’une bande dessinée. Vu que je ne suis qu’à moitié audacieuse, vous ne serez pas surpris d’apprendre que Les filles de Salem, de Thomas Gilbert, parle de femmes, et plus précisément des soi-disant « sorcières de Salem ».

L’auteur nous propose ici une plongée dans la petite colonie très puritaine de Salem Village, en Nouvelle-Angleterre, au XVIIè siècle. Abigail n’a que 14 ans quand sa belle mère décide qu’elle est désormais une femme et qu’elle devra faire profil bas jusqu’à ce qu’elle se marie. Sauf qu’Abigail est un esprit libre et elle n’a de cesse de vouloir retrouver une indien croisé un jour dans la forêt. Quand la ville sombre dans la psychose à la suite de récoltes médiocres, le révérend du village voit là un moyen d’étendre son emprise en insufflant à ces ouailles la peur du Diable. Abigail et les autres femmes du village font alors office de boucs émissaires et l’obsession du révérend à leur égard va vite se transformer en chasse aux sorcières.

Moi qui ne suis pas vraiment une adepte des BD, j’ai été totalement bluffée par Les filles de Salem. Le scénario est passionnant et j’ai particulièrement apprécié que Thomas Gilbert se réapproprie un événement de l’histoire, les procès des sorcières de Salem, pour le traiter sous l’angle des femmes accusées. Plus que le procès, ce sont les événements qui l’ont précédé qui sont ici abordés. L’auteur parvient à faire monter la pression petit à petit et c’est très progressivement que l’on assiste au basculement de ce village a priori paisible vers la paranoïa et la haine.

Les filles de Salem, entre féminisme et puritanisme religieux

Les filles de Salem s’ancre parfaitement dans l’actualité en ce qu’il questionne la haine des femmes et la peur des autres de façon plus générale. Le puritanisme et le fanatisme religieux figurent également au cœur du scénario. L’auteur aborde d’ailleurs ces thèmes frontalement et n’hésite pas à montrer la violence qu’ils induisent. J’ai d’ailleurs été étonnée de voir à quel point un dessin peut retranscrire l’horreur.

Si je ne suis clairement pas une experte en matière de graphisme, j’ai trouvé certaines planches particulièrement puissantes voire bouleversantes, notamment du fait de certaines scènes qui s’avèrent très crues. Thomas Gilbert fait preuve d’une grande polyvalence et affiche une maîtrise aussi bien des scènes bucoliques (la forêt est superbement restituée) que des scènes de violence.

Une chose est sûre, cette expérience me donne envie de me tourner plus souvent vers des bandes dessinées.

Ecouter Thomas Gilbert parler des Filles de Salem :

Les filles de Salem, de Thomas Gilbert | Chez Dargaud, 200 pages.

Photo de Sebastian Unrau via Unsplash.

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