Les besoins artificiels | Razmig Keucheyan

De quoi avons-nous vraiment besoin ? C’est à cette épineuse question que le sociologue Razmig Keucheyan tente de répondre dans Les besoins artificiels. Plus qu’un énième livre sur les vertus du minimalisme, cet essai, sous titré « Comment sortir du consumérisme », propose une réflexion profonde sur le capitalisme, ses dérives et les remèdes possibles.

Car si l’être humain a des besoins naturels (manger, dormir, avoir chaud), le capitalisme et le progrès qui l’a accompagné ont permis l’émergence de tout un tas de nouveaux besoins, plus ou moins factices et plus ou moins néfastes pour l’être humain et la planète. Chose paradoxale, en même temps que le capitalisme crée de nouveaux besoins, c’est aussi lui qui empêche l’Homme de les assouvir, que ce soit par manque de temps ou manque d’argent. Sauf que le mal est fait, les envies sont là. Elles deviennent même parfois pathologiques, l’auteur consacrant un chapitre entier aux acheteurs compulsifs.

C’est cette théorie des besoins que nous expose donc Razmig Keucheyan, en convoquant Marx, bien sûr, mais également les philosophes André Gorz et Ágnes Heller. J’ai d’ailleurs particulièrement apprécié la pédagogie dont il fait preuve, n’étant pas particulièrement une experte dans ces domaines.

Se désaliéner des choses

Razmig Keucheyan ne s’arrête pas à un simple état des lieux puisqu’il avance plusieurs solutions possibles pour nous désaliéner des choses. L’une d’entre elles consiste à allonger la durée de vie des produits et à prolonger les délais de garantie pour lutter contre le productivisme effréné. Une autre solution réside dans la fabrication de biens qu’il nomme « émancipés », qui dureraient dans le temps.

L’auteur est également convaincu que la solution viendra des gens eux-mêmes et de leur capacité à s’unir. C’est à une véritable convergence des luttes qu’il en appelle, associations de consommateurs, syndicats, militants pour le climat… Peut-être assiste-t-on aujourd’hui au prémices de ce regroupement à travers les mouvements des gilets jaunes ou d’Extinction rébellion. Mais encore faut-il que l’envie de sortir du consumérisme soit plus forte que le besoin de se dégoter le dernier machin à la mode…

L’histoire des mouvements sociaux modernes consiste en une succession de luttes visant à satisfaire des besoins inassouvis, partiellement assouvis ou mal assouvis par le capitalisme.

Les besoins artificiels, de Razmig Keucheyan | Zones éditions, 201 pages.

Pour aller plus loin :

L’interview de Razmig Keucheyan sur le site Usbek & Rica, à lire ici.

Photo de David Clarke via Unsplash.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.