Les 7 roses de Tokyo | Hisashi Inoue

En général, quand on pense « littérature japonaise », on pense « Haruki Murakami », du moins, ça a longtemps été mon cas. Cet auteur est tellement diffusé et médiatisé qu’on peut vite oublier que la littérature japonaise regorge d’écrivains tout aussi talentueux et malheureusement méconnus. C’est le cas de Hisashi Inoue, une véritable star dans son pays, qui l’a d’ailleurs récompensé de nombreux prix, restée relativement confidentielle en France. Avec Les 7 roses de Tokyo, j’ai découvert un auteur érudit, drôle, qui manie la plume à merveille.

Le récit se présente sous la forme d’un journal tenu par un certain Shinsuke Yamanaka, entre avril 1945 et avril 1946. Le cinquantenaire fabrique des éventails dans le quartier de Nezu, à Tokyo. Quand le journal commence, il vit dans la maison familiale avec sa femme et ses trois enfants. Son aînée est sur le point de faire un beau mariage. Dehors, la guerre fait rage et les bombardements américains s’intensifient. Shinsuke a dû abandonner son métier, faute de papier pour pouvoir fabriquer ses éventails. En attendant la victoire finale, il est transporteur. Durant son temps libre, il écrit frénétiquement dans son journal. L’homme y consigne sa vie quotidienne, des références à sa vie passée, mais aussi ses réflexions personnelles autour de la guerre et de son pays en général.

Rien de palpitant, donc, à première vue. Sauf que les 970 pages qui composent ce roman se sont révélées passionnantes et j’ai peiné à lâcher ce livre après l’avoir commencé. C’est un véritable tour de force de réussir à rendre aussi intéressante la vie quotidienne d’un Japonais moyen. Le contexte, bien sûr, n’y est pas pour rien : la fin de la Seconde Guerre mondiale approche. Pourtant, le peuple japonais, dont le narrateur, reste convaincu de l’emporter, alors qu’à l’Ouest, l’Allemagne et l’Italie s’effondrent.

Un pan de l’Histoire qui s’ouvre à nous

Le récit se décompose de façon informelle en deux parties : l’avant et l’après-armistice. Le contraste entre les deux parties est d’ailleurs particulièrement frappant : à la combativité et au nationalisme exacerbé des Japonais succèdent la soumission totale à l’occupant américain et la méfiance vis-à-vis de l’Empereur. Le général Mc Arthur et ses troupes rencontrent en fin de compte assez peu d’opposition, ce malgré les nombreuses exactions des GI’s.

Avec cette lecture, c’est en quelque sorte tout un pan de l’Histoire qui s’est ouvert à moi, cette partie-là de la Seconde Guerre mondiale étant assez peu étudiée en France. Grâce au journal de Shinsuke Yamanaka, j’ai pu tout découvrir de l’intérieur : la violence de la guerre, les privations, les pertes humaines, le marché noir, la bassesse humaine. La culture japonaise tient également une place important dans ce livre, tout comme la nourriture (une constante dans la littérature japonaise).

Un roman féministe ?

Et, cerise sur le gâteau, j’ai eu la surprise de découvrir, au fur et à mesure de ma lecture, un roman plutôt féministe. Hisashi Inoue insiste particulièrement sur le rôle des femmes dans l’après-guerre. Alors que les hommes ont foncé tête baissée dans le conflit, ce sont les femmes qui prennent les choses en main une fois la guerre perdue. Ce sont elles qui luttent courageusement pour construire le monde d’après, à l’instar de ces « sept roses » qui vont s’improviser espionnes pour déjouer les plans de l’occupant.

Une belle découverte, donc, qui passionnera les amateurs d’histoire et ceux que la culture japonaise attire.

« Sans doute le moment est-il venu de laisser la place aux autres. Je sens que les femmes sont bien parties pour régner un bon moment. Ou plutôt que nous n’avons d’autre choix que de nous reposer sur leur force. »

Les 7 roses de Tokyo, de Hisashi Inoue, traduit par Jacques Lalloz | Picquier poche, 976 pages, 13 €.

Photo de Une : Andre Benz, via Unsplash.

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