Le sexisme, une affaire d’hommes | Valérie Rey-Robert

L’un des gros problèmes de la lutte contre le patriarcat, c’est que la plupart des hommes ne se sentent pas concernés. D’une part, parce qu’ils pensent tous être des mecs biens (« not all men », comme ils disent) et, d’autre part, parce qu’ils ne réalisent pas que ce système est néfaste pour eux aussi. Dans Le sexisme, une affaire d’hommes, Valérie Rey-Robert démontre au contraire que le sexisme trouve son fondement dans la conception traditionnelle de la masculinité et que les hommes ont donc leur rôle à jouer.

Dans cette analyse de la construction des genres, l’autrice part du principe qu’on ne naît pas homme, on le devient. Elle le démontre, tout d’abord, à travers l’étude de l’éducation, très différenciée, des garçons et des filles. Les garçons se doivent d’être de vaillants petits bonhommes, qui ne pleurent pas. Chez les filles, on loue la sensibilité et la mignonnerie. A travers les jouets, les punitions et les mots que l’on dit à nos enfants, on leur fixe une ligne de conduite. On réalise alors que les garçons se construisent par opposition au féminin, l’autre, auquel ils ne doivent en aucune manière se rapprocher, sous peine de passer pour une fifille ou un homosexuel. Les traits dit féminins passent ainsi pour une faiblesse. Ça part mal, donc.

Valérie Rey-Robert constate que, très vite, ces impératifs se referment sur les hommes tel un piège. Soucieux d’être un homme, un vrai, les hommes recherchent constamment l’approbation de leurs pairs. Il faut à tout prix prouver qu’on n’est pas une gonzesse. Car la virilité se construit entre hommes et avec des hommes. Alors on se bat, on baise, on violente les femmes, on méprise ceux qui ne correspondent pas à la norme, quand bien même on n’est pas d’accord.

Une déconstruction de la réthorique masculiniste

C’est là que le patriarcat devient nocif pour les hommes. Des taux de suicide plus élevés, car ils ne demandent pas d’aide et, comme l’échec ne leur est pas permis, se doivent de réussir leur suicide. Des prisons peuplées de jeunes hommes et une mort précoce du fait de prises de risques plus fréquentes, car louées chez les hommes… Nos sociétés sexistes ont leur part de responsabilité dans tout ça.

Valérie Rey-Robert ne victimise pas les hommes pour autant. Bien au contraire, elle cherche à déconstruire, un par un, sources et chiffres à l’appui, les arguments masculinistes qui voudraient que les hommes souffrent d’une prétendue « crise de la masculinité ». Ce livre est d’ailleurs une mine d’or de réparties à l’usage des féministes.

L’autrice en appelle plutôt à une prise de conscience chez les hommes, elle les invite à agir. C’est d’ailleurs à eux qu’elle s’adresse directement dans un dernier chapitre. Ecouter les femmes, s’éduquer, oser se dresser contre ses potes sexistes sont autant de choses que les hommes peuvent faire pour aider à mettre en place une société égalitaire, qui bénéficiera à tous, et donc à eux aussi.

Un livre passionnant, à lire en parallèle avec La crise de la masculinité, de l’universitaire québécois Francis Dupuis-Déry.

« La virilité d’un homme est une chose fragile et, comme le dit Bourdieu, c’est un ‘piège qui impose à chaque homme le devoir d’affirmer en tout circonstance sa virilité' ».

Le sexisme, une affaire d’hommes, de Valérie Rey-Robert | Editions Libertalia, 264 pages, 18 €.

  1. C’est drôle, la dernière soirée que j’ai passée à l’extérieur avant le début du confinement, c’était une rencontre avec Valérie Rey-Robert organisée par la librairie Le Monte en l’air (Paris) le jeudi 12 mars. Je n’ai écouté la discussion que d’une oreille et je n’étais pas la seule, puisqu’au même moment Macron annonçait les premières mesures, la fermeture des écoles etc. On était beaucoup dans la librairie. Je suis sortie avant la fin, un peu prise d’angoisse.
    Les quelques propos qui sont parvenus à mes oreilles pendant la soirée (qui devait être vraiment très intéressante, comme cet essai) étaient des propos d’hommes. Quelques hommes étaient dans la librairie et ont pris la parole, souvent très maladroitement, et je me disais « punaise, si même les mecs qui font l’effort de se déplacer à ce genre de rencontre sont capables de faire des remarques comme ça… ». Bref, il y a beaucoup, BEAUCOUP de travail à faire, d’éducation etc ; mais ce qu’il faut je pense faire comprendre, c’est que cette pédagogie ne doit pas reposer entièrement sur les épaules des femmes. Pourquoi les femmes auraient à éduquer le reste de l’humanité sur tous les problèmes de nos sociétés ? Les hommes doivent commencer à mon sens par prendre en main leur éducation sur ces sujets, sur le féminisme, et ça sera déjà un grand pas.
    Ceci-dit, sur la nécessité de penser le sexisme comme quelque chose de vraiment global, qui concerne aussi directement les hommes, ça me paraît bien important. Je n’ai pas pris le temps de me procurer le bouquin pendant la rencontre mais je le garde dans un coin de ma tête pour l’après 😉

    1. Merci beaucoup pour ce témoignage. Effectivement c’est assez désespérant si même les hommes qui s’intéressent à ce problème réagissent ainsi… Et je suis totalement d’accord avec toi sur le fait que les femmes n’ont pas à porter le poids de l’éducation de l’humanité. D’autant que ça peut être vraiment épuisant et décourageant au bout d’un moment. Moi-même je perd courage parfois tant la tâche est lourde.

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