Le poids du monde | David Joy

Le hasard a fait que j’ai lu Le poids du monde, de David Joy, juste après Bois sauvage. Il se trouve que ces livres sont semblables, que ce soit en termes d’histoire que de qualité de l’écriture.

Thad et Aiden ont la petite vingtaine. Ils vivent à Little Canada, un bled perdu dans les Appalaches. Thad revient d’un séjour en Irak. À moitié traumatisé, le jeune homme vit dans un mobile home complètement délabré dans le jardin de sa mère. Aiden, son ami d’enfance, habite avec lui. Un jour, les deux compères mettent la main dans des circonstances complètement loufoques sur une belle somme d’argent et un beau paquet de drogue . Mais la revente de la marchandise va leur causer bien des problèmes…

Ici encore, nous voici plongés dans les tréfonds de l’Amérique. Chômage et drogue sont le quotidien des jeunes. L’espoir, lui, n’est pas permis. Thad et Aiden cumulent tous les deux des enfances tragiques. Le père de l’un a assassiné sa mère avant de se tuer devant lui, tandis que l’autre ne l’a jamais connu, son père. C’est ce passé qui a poussé les garçons l’un vers l’autre, qui a façonné cette amitié que rien ne semble pouvoir ébranler.

Au fur et à mesure du récit, on réalise que tout ce malheur a une seule et même cause : la violence des hommes. Leur haine et leur mépris des femmes. Car on tend à oublier que la violence domestique, les agressions sexistes, ont des répercussions sur des femmes, sur des enfants, sur des familles entières. Ce sont des vies entières qui sont fichues.

En fait, dans Le poids du monde, David Joy réussit à dénoncer tous les travers de l’Amérique. De la drogue, à la guerre en passant par le chômage et la violence. Il parvient à dresser ce portrait d’une Amérique désenchantée et parfaitement misérable à travers un récit cohérent, diablement bien orchestré et emmené par des personnages attachants, chacun à leur manière. L’écriture est efficace, les mots coulent tous seuls.

C’est un beau livre, quoique sombre, dont on ne sort pas indemne. David Joy est sans conteste un grand auteur, que je suivrai avec attention.

« Quand les choses tournaient mal, ça semblait toujours se produire subitement. Rien n’arrivait graduellement, de sorte à vous laisser le temps de serrer les dents et d’encaisser un petit peu chaque fois. Non, la vie avait le don de vous envoyer la merde par pelletées, comme si Dieu là-haut était en train de nettoyer les écuries et qu’on avait la malchance de se trouver en dessous. »

Le poids du monde, de David Joy | Chez Sonatine, 320 pages.

Photo Markus Spiske via Unsplash

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