Le Mars Club | Rachel Kushner

On a tort de penser que c’est nous qui choisissons les livres quand nous sommes en librairie. Parfois, c’est eux qui vous choisissent, qui vous adoptent, voire qui vous prennent en otage jusqu’à ce que vous dégainiez votre carte bancaire. C’est un peu ce qui m’est arrivé avec Le Mars Club de Rachel Kushner. Sa couverture m’a sautée au visage alors que mes yeux parcouraient l’étal d’une librairie. J’ai lu sa quatrième de couverture, les mots magiques « prison », « femmes », « Californie » ont ondulé devant moi d’une façon aguicheuse. Comme je n’étais pas partie pour acheter, j’ai reposé le livre. Mais celui-ci m’a poursuivi, il m’appelait, m’ordonnait de l’acheter. Et j’ai cédé…

Romy Hall, 29 ans, vient d’être transférée dans une prison pour femmes de Californie. Elle doit y purger deux peines consécutives de réclusion à perpétuité pour avoir tué un ancien client du club de strip-tease où elle travaillait qui la harcelait. Romy accepte son sort avec un certain fatalisme. Il faut dire que la vie ne l’a pas épargnée : elle a passé son enfance dans un quartier pauvre de San Francisco, où elle abusait de substance illicites en mauvaise compagnie, avant de devenir strip-teaseuse dans une boîte du Tenderloin, dans les bas-fonds de San Francisco. Elle est rassurée par le fait que son fils de sept ans soit en sécurité avec sa mère. Mais un jour tout bascule, et Romy n’a plus qu’une idée en tête : retrouver son fils. Mais comment faire quand on est enfermée derrière une clôture électrique ?

Le Mars Club est un roman choral. Chaque chapitre donne la parole à un personnage différent dont les vies finissent par s’imbriquer. Ici, la vie de chaque protagoniste permet à Rachel Kushner de décrire une Amérique bien loin du rêve américain. Nous sommes en Californie, mais Hollywood et Beverly Hills ne font pas partie de leur quotidien. Mais est-il encore question de vie quand chaque journée est une lutte ? De leur vie se dégage une noirceur parfois insupportable, à l’image de Doc, un flic ripou, obsédé sexuel, qui se retrouve en prison pour meurtre.

Si les voix de plusieurs personnes résonnent dans ce récit, Romy Hall en est le personnage principal. Un personnage attachant mais qui n’est pas dénué d’une part d’ombre. J’ai particulièrement aimé le récit de sa jeunesse dans un San Francisco qui n’a rien à voir avec l’image de carte postale que j’avais jusqu’à présent. A côté de ces flashbacks, Romy nous raconte son quotidien dans sa prison pour femmes. On fait la connaissance de ses codétenues, des femmes pour la plupart malmenées par la vie et que l’auteur parvient à dépeindre avec beaucoup d’humanité, malgré les crimes qu’elles ont commis.

C’est ce qui frappe dans l’écriture de Kushner, l’humanité qui s’en dégage. Un peu à l’image de Larry Brown d’ailleurs. Son écriture est également très visuelle et même sonore, on vit chaque scène comme si on était. Et quelque chose me dit que Le Mars Club est un très bon candidat pour une adaptation au cinéma…

« Parfois, San Francisco me semble maudite. Le plus souvent, je trouve que c’est une ville triste et merdique. On vante sa beauté, mais seuls les nouveaux venus y sont sensibles, pour ceux qui ont dû y grandir, elle est invisible. »

Le Mars Club, de Rachel Kushner | Aux éditions Stock, 480 pages

8 comments Add yours
  1. Au départ, la couverture m’a plutôt éloignée. Elle me faisait penser à de la lecture ado, de la série américaine. Et puis, Kushner, ça a fait tilt, j’avais lu Les lances flammes. Alors j’ai lu la quatrième et là, je me suis dit que ce livre était pour moi. Et ton avis me le confirme

    1. C’est marrant, la couverture m’a fait un tout autre effet. En tout cas tu as raison de te fier à la quatrième de couv car le livre tient ses promesses.

  2. Bonjour, votre critique du livre est magnifique mais… avez-vous pensé que vous n’auriez pas lu ce roman sans le travail de la traductrice? Ce serait gentil de préciser son nom.

    1. Tu as complètement raison, il y a plus de luminosité, un petit truc en plus qui fait qu’on vit le récit différemment.

      J’aime bien Ceux d’ici. C’est moins sombre que Le Mars Club bien sûr mais je suis servie pour ce qui est de l’ambiance américaine et des personnages hauts en couleur ! Je me demande bien où l’auteur veut en venir.

  3. Quand je lis le résumé j’ai l’impression que l’histoire se construit comme les téléfilms. J’ai de grands stéréotypes mais si j’ai l’occasion de le lire je n’hésiterai pas.

    1. Non non, on est vraiment dans la belle littérature. Justement, j’ai trouvé le livre très bien construit, c’est pourtant facile de se casser la gueule dans un roman choral.

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