Le fils | Philipp Meyer

Voici un livre qui nous rappelle que la littérature n’a rien à envier au cinéma (qui en doutait encore ?). Dans Le fils, l’Américain Philipp Meyer nous propose une fresque familiale avec pour toile de fond le Texas. Sur quelque 700 pages, c’est la tumultueuse histoire de cet état, du XIXè siècle à nos jours, qui se déroule à travers les voix de trois membres du clan McCullough.

D’abord, il y a Eli, jeune Texan kidnappé par des Indiens Comanches à la fin du XIXè. Après plusieurs années à vivre comme l’un des leurs, Eli doit réintégrer le monde des blancs, avec lesquels il n’a plus grand chose à voir. Intelligent et débrouillard, il se lance dans l’élevage puis dans le pétrole et pose ainsi les fondements de ce qui deviendra l’empire familial. Ensuite, il y a Peter, le fils d’Eli, aussi sensible que son père est impitoyable. Tiraillé entre sa loyauté envers sa famille et la sympathie qu’il éprouve pour les Mexicains, il sera relégué au rang de paria lorsqu’il tombe éperdument amoureux d’une Mexicaine.

Enfin, il y a Jeannie, la petite fille de Peter qu’elle n’a jamais connu. C’est elle qui a hérité de l’empire familial et engrangé une véritable fortune grâce au pétrole. Alors qu’elle est en train de s’éteindre, seule, sur le sol de sa grande demeure, elle se remémore sa jeunesse.

Quand j’ai réalisé que le récit était construit sur la base de chapitres alternant les voix de plusieurs personnages ayant vécu à plusieurs époques, j’ai ressenti une légère inquiétude. L’exercice est casse-gueule et beaucoup d’auteurs ne le maîtrisent pas. Rassurez-vous, Philipp Meyer n’en fait pas partie. Il maîtrise à la perfection son histoire et ses personnages et, bien qu’ils soient nombreux, parvient à ne jamais perdre son lecteur. Bien au contraire : même s’ils renvoient à des périodes différentes, les chapitres se répondent entre eux et apportent chacun un éclairage nouveau sur l’histoire de cette famille.

Un western fait de « vrais gens »

Outre le génie de ce procédé narratif, Le fils s’avère être un livre passionnant. J’ai particulièrement aimé le récit de la vie du jeune Eli chez les Comanches. On apprend beaucoup sur leur mode de vie, mais aussi sur la façon dont ils ont été réduits à néant par les blancs.

Car c’est aussi ça que nous raconte et dénonce ici Philipp Meyer : la façon dont l’Amérique s’est construite. La version de la conquête de l’ouest qu’il nous donne à voir est bien éloignée de celle des westerns. Elle est faite de vrais gens, qui s’aiment, se détestent, se trahissent… Elle n’est clairement pas belle à voir et rappelle les tristes fondements de ce pays.

En fin de compte, il y a un peu tout dans ce livre : de l’histoire, de l’action, de l’amour, et tout est traité à la perfection. Pas étonnant d’ailleurs que Le fils se soit retrouvé dans le trio final du prix Pulitzer l’année de sa sortie. Mais si Meyer est un conteur de génie, Donna Tartt a été plus forte que lui.

« Voilà peut-être pourquoi je suis perpétuellement déçu : j’attends du monde qu’il soit bon. Comme un chiot. Et c’est ainsi que, tel Prométhée, jour après jour, je suis défait. »

Le fils, de Philipp Meyer, traduit par Sarah Gurcel | Le livre de poche, 792 pages.

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