Le dernier stade de la soif | Frederick Exley

Oui, encore de la littérature américaine. Pour ma défense, Le dernier stade de la soif traînait depuis un moment dans ma bibliothèque (c’est d’ailleurs le premier livre que j’ai acheté à Montréal) et je l’entendais m’appeler de plus en plus fort. Je plaçais beaucoup d’espoir dans ce livre de Frederick Exley et je n’ai pas été déçue. Loin de là même.

Un homme s’apprête à passer, comme chaque semaine, son dimanche après-midi dans un bar, à regarder un match de son équipe de foot favorite, les Giants, en enchaînant les bières. Soudain, il est pris de douleurs dans la poitrine, il en est sûr : son coeur lâche. Arrivé à l’hôpital, c’est la douche froide quand une infirmière lui annonce que son coeur va bien. Son diagnostic : il est alcoolique. Cet homme, c’est Frederick Exley, un enseignant d’une trentaine d’années, séparé, père de deux enfants, aspirant écrivain et raté notoire. L’antithèse du rêve américain, donc. Cet événement est l’occasion pour le narrateur de revenir sur “le long malaise qu’est (s)a vie” et les raisons qui le poussent à rechercher l’ivresse.

Si Exley s’est toujours défendu d’avoir écrit son autobiographie, force est de constater que ce livre est le récit de sa misérable existence, qui a pris fin en 1992, à l’âge de 63 ans, après une vie marquée par des séjours en hôpital psychiatrique et les ravages de l’alcool.

Fils d’une gloire du football local, étudiant à l’Université de Californie, employé dans les relations publiques, tout semble au départ sourire au narrateur. Mais c’est sans compter son caractère marginal, son absence de filtres dans ses relations sociales et des déconvenues à répétition avec la gente féminine. Fréquemment, Exley est rattrapé par la dépression. Pendant des mois, il squatte le sofa maternel, des crises qui finissent systématiquement par un internement.

Témoin du rêve américain, Exley le rejette pourtant radicalement tout en ne pouvant pas s’empêcher de vouloir s’y fondre. C’est la vie d’un marginal et sa vision du monde qui sont décrites ici. Exley fait d’ailleurs preuve d’une grande clairvoyance dans le regard qu’il porte sur ses congénères. Un regard dure mais teinté d’humour.

En fin de compte, sa vie se sera écoulée en suivant deux fils conducteurs : les Giants, qu’il adule,, et l’écriture. Son livre, il l’aura d’ailleurs écrit puis brûlé une première fois, avant finalement d’accoucher en 1968 du Dernier stade de la soif. S’il a été érigé au rang de classique et estampillé “culte” dès sa parution aux États-Unis, il aura fallu attendre 2011 pour le découvrir en France, grâce aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

“Car mon cœur, écrivis-je, penchera toujours du côté de l’ivrogne, du poète, du prophète, du criminel, du peintre, du fou, de tous ceux qui aspirent à s’isoler de la banalité du quotidien.”

Le dernier stade de la soif, de Frederick Exley, trad. de Philippe Aronson & Jéôme Schmidt | En poche chez 1018, 456 pages.

Photo de Riley McCullough via Unsplash.

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