Le cœur est un chasseur solitaire | Carson McCullers

Le cœur est un chasseur solitaire, premier roman de Carson McCullers, fait partie des monuments de la littérature américaine. La beauté de l’écriture, la justesse des personnages et le message qu’il porte justifient largement sa place au Panthéon des grands livres.

Nous voici dans une petite ville du sud des Etats-Unis, vers la fin des années 1930. Le roman débute autour du personnage de Singer. L’homme, sourd-muet, vit avec un ami, Antonapoulos, qui souffre du même handicap que lui. La paire vit dans une routine touchante qui va voler en éclats le jour où Antonapoulos va être interné dans un asile. Singer se retrouve alors seul et trouve refuge dans une petite pension de famille.

C’est dans ce cadre que vont venir se greffer autour de lui plusieurs personnages. Il y a la jeune Mick, fille des propriétaires de la pension, une adolescente touchante et férue de musique. Il y a aussi Jack Blount, communiste, alcoolique, qui tente de transmettre ses convictions politiques aux habitants de la ville. Il y également Benedict Copeland, un médecin noir, lettré, qui lutte pour redonner à son peuple la place qu’il mérite. Et, enfin, Biff Brannon, le tenancier du bar voisin de la pension, qui vient tout juste de perdre sa femme.

Ces personnages, aux personnalités et aux histoires différentes, partagent un point commun : ils se confient quotidiennement à Singer -— qui les écoute poliment — et croient voir en lui un allié, et même un ami, quelqu’un qui les comprend enfin. Singer, lui, ne pense qu’à son ami Antonapoulos, qui lui manque terriblement.

Une solitude prégnante

A travers le quotidien de tous ces individus, c’est au final toute une ville et une époque qui sont restituées par Carson McCullers, sur fond de pauvreté et de ségrégation raciale. Au-delà de ça, ce roman met surtout en lumière le besoin de chacun de se raccrocher à quelqu’un, de se sentir aimé et compris. La solitude est donc particulièrement prégnante. Tous ces individus, aussi touchant soient-ils, chacun à leur manière, se raccrochent égoïstement à Singer sans se soucier de sa personne, alors qu’il est sans conteste le plus seul de tous. La question du handicap est également sous-jacente. Saviez-vous, d’ailleurs, que les personnes sourdes et malentendantes sont particulièrement exposées au risque de suicide ?

Un très beau livre, donc, sensible et bien écrit, qui porte un message fort. Impossible, d’ailleurs, de ne pas penser lors de cette lecture à l’autre monument de la littérature qu’est Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee.

« Il y a des choses que, naturellement, on veut garder pour soi. Non parce qu’elles sont vilaines, mais seulement parce qu’on désire le secret. Il y a deux ou trois choses que je ne voudrais pas dire, même à vous. »

Le cœur est un chasseur solitaire, Carson McCullers, traduction de Marie-Madeleine Fayet | Le livre de poche, 448 pages.

Photo de une : bryce komae via Unsplash.

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