Le bruit et la fureur | William Faulkner

En littérature comme en amour, un rien peut vous faire passer de l’amour à la haine. Et vice versa. Le bruit et la fureur de William Faulkner en est la preuve parfaite. J’avais déjà plusieurs fois entamé la lecture de ce livre pour le refermer cinquante pages plus loin, totalement décontenancée et, disons les choses, clairement ennuyée par cette première partie à laquelle je ne comprenais rien. J’avais pourtant l’impression de passer à côté de quelque chose. Ce livre devait bien être qualifié de chef d’oeuvre pour une bonne raison…

C’est alors que @belleslectureslesgens a lancé sur bookstagram un challenge #avrilenamerique. L’occasion rêvée pour me replonger dans Le bruit et la fureur et d’avoir une bonne raison d’aller au bout. Et cette fois j’ai réussi, en grande partie grâce au conseil qui m’a été donné de lire la préface. En général je la saute, trop pressée de rentrer dans le vif du sujet. Or, ici, cette étape est indispensable puisque elle offre des clés de compréhension auquel on revient assez souvent au cours de la lecture. J’aurais été bien en peine de comprendre la moitié du livre sans les explications de Maurice-Edgar Coindreau, qui a également traduit le livre.

Pour faire simple, Le bruit et la fureur raconte l’histoire du famille du sud des Etats-Unis, les Compson. Le livre est décomposé en quatre parties. Dans la première, c’est Benjy Compson, l’un des fils de la famille qui souffre de déficience mentale, qui s’exprime. Le récit est compliqué, laborieux. On saute constamment du coq à l’âne au gré des pensées du narrateur, il n’y a aucune continuité dans le temps et dans l’espace. Il y raconte notamment son changement de nom, pour que son retard mental ne fasse pas honte à l’oncle dont il a hérité du prénom , mais aussi sa castration, après qu’il a agressé une fillette du voisinage. Le deuxième partie est racontée par Quentin Compson, autre fils de la famille, profondément perturbé par l’amour qu’il éprouve pour sa soeur Caddie. Là encore, le récit n’a ni queue ni tête puisque Quentin perd peu à peu la raison.

Ce n’est qu’à partir de la troisième partie que le récit retrouve une forme plus conventionnelle. Cette fois-ci, on suit le raisonnement intérieur de Jason, troisième fils de la famille. Dans cette partie, on entre dans la vie quotidienne de la famille. Beaucoup de choses s’éclairent, notamment grâce à la description de la personnalité de Caroline, la mère de famille dont on comprend que les névroses ont grandement influé sur le caractère dysfonctionnel de la famille. Le récit est vif, bien écrit, c’est à ce moment-là qu’on commence à prendre conscience du talent de Faulkner. La magie opère : on ne veut plus lâcher le livre alors qu’on avait jusqu’alors été maintes fois tenté de le jeter par la fenêtre (et je n’en rajoute pas). Enfin, dans la dernière partie, la narration est objective. Elle tourne autour du personnage de Dilsey, une servante noire de la famille qui assiste à la chute de la famille Compson.

La lecture n’est pas une épreuve de force mais j’avoue qu’en refermant ce livre, j’ai ressenti une grande fierté. C’est une oeuvre extrêmement complexe, qui n’est peut-être pas à la portée de tout le monde. Il faut s’impliquer dans cette lecture, on est très loin du divertissement. On ne passe pas forcément un bon moment, surtout dans la première moitié du livre, mais on a la sensation d’assister à un véritable tour de force. J’ai quand même à certains moments eu la désagréable impression d’assister aussi à une leçon de littérature, tant Faulkner utilise tous les procédés de narration possibles et imaginables.

Au final, je ne conseillerais pas ce livre, mais je ne le déconseillerais pas non plus. C’est une expérience à vivre, mais il faut y être préparé et prendre le temps de l’apprécier, sans pression. En revanche, je le relirai avec plaisir une seconde fois car, cette fois, j’aurai tous les éléments pour comprendre sa première moitié et, qui sait, pour l’apprécier à sa juste valeur.

« La meilleure façon de prendre les gens, noirs ou blancs, c’est de les prendre pour ce qu’ils croient être, et ensuite de les laisser tranquilles. »

Le bruit et la fureur, de William Faulkner | Chez Folio, 372 pages.

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