Le boys club | Martine Delvaux

Mesdames, Messieurs, bienvenue dans le joyeux monde des boys clubs, ces groupes d’hommes blancs qui nous gouvernent, régentent nos vies sans même qu’on s’en rende compte. Ou presque. Depuis quelques années, la notion occupe de plus en plus le devant de la scène, mais parce que ça ne suffit pas, Martine Delvaux a choisi de lui consacrer un ouvrage, Le boys club.

L’universitaire québécoise part d’un constat : les boys clubs sont omniprésents. Ils le sont tellement qu’on ne les voit pas, ils sont acquis, comme une évidence. Elle, au contraire, veut les montrer, les disséquer, pour mieux les questionner et les remettre en cause. A l’origine, il y a les clubs privés britanniques. Ces lieux où les hommes se retrouvent entre eux, pour discuter, boire, fumer, débattre, se reposer et, surtout, s’éloigner de la vie conjugale et domestique où les femmes règnent. La plupart du temps, les femmes en sont bannies, car leur présence impliquerait d’agir en « homme civilisé ». Mais il y a aussi l’armée, les fraternités, les clubs de sport, les entreprises, les gouvernements et j’en passe.

Ils sont partout, démontre Martine Delvaux, ils déploient leurs tentacules sur nos démocraties qu’ils mettent en péril à cause de leur soif de pouvoir. Ils sont l’incarnation ultime de la virilité, « une notion éminemment relationnelle, construite devant et pour les autres hommes, contre la féminité, dans une sorte de peur du féminin et d’abord en soi-même ». Donald Trump en est l’allégorie, il est « à lui seul un boy club ». Il s’entoure d’hommes blancs, assoiffés de pouvoir comme lui, pour qui la loi est une « notion élastique ». Ils cultivent soigneusement un entre-soi, sur fond de misogynie et d’homophobie.

Architectes, incels et peau blanche

Si elle évoque les boys clubs les plus évidents, Martine Delvaux s’attache surtout dans son essai à aborder les plus confidentiels, ceux qui passent le plus inaperçus, mais qui ont des effets concrets sur nos vies. Parmi eux, les architectes, qui conçoivent des villes pour les hommes, où les femmes n’ont pas leur place, où elles ne se sentent pas en sécurité et où elles sont effectivement menacées. Elle aborde également le mouvement des incels, ces garçons qui haïssent les femmes, car ils n’arrivent pas à les mettre dans leur lit. Elle questionne aussi le rôle de la blancheur de la peau, une norme dans les boys clubs occidentaux. Comme dans Filles en série, son propos est appuyé par des exemples tirés de la culture populaire, et notamment du cinéma et des séries.

Ce qui fait la force de cet essai, c’est que sa lecture va crescendo. Ce n’est que vers la fin du livre que Martine Delvaux aborde la violence des boys clubs dans ce qu’elle a de plus dur : le viol collectif. Elle nous montre comment les hommes, lorsqu’ils sont en groupe, s’encouragent à la violence. Comment ils se protègent aussi, et comment ils se défendent mutuellement. Face à tout ça, en tant que femme, on ne se sent que peu de chose, un peu découragée et, disons-le, totalement effrayée.

Un léger goût de trop peu

C’est une belle démonstration que nous livre ici Martine Delvaux. J’ai toutefois été un peu frustrée qu’elle se borne à montrer, au lieu d’expliquer. Mais c’est son choix, et elle l’explique dès le début de livre : « passer moins par le savoir que par le voir, avec l’espoir que le voir provoque un passage à l’action ». Une réaction, c’est bien ce qu’espère l’autrice avec ce livre. Elle veut « dévoiler le boys club, en faire défiler les représentations de manière à le détacher d’une tradition, d’une habitude, voire du culte qui lui est voué pour le révéler comme un mécanisme de pouvoir ». En clair : elle veut le profaner.

Il y a comme un léger goût de trop peu dans cet essai, mais le propos qu’il porte, ô combien nécessaire, permet d’atténuer cette frustration. D’autant que désormais, je sais que mon oeil est affûté pour repérer ces groupes d’hommes, que je pourrai mieux dénoncer.

« Si la masculinité et la blancheur restent innommées, c’est qu’elles vont de soi, qu’elles n’ont pas à être interrogées, elles existent par défaut. »

Le Boys club, de Martine Delvaux | Editions du remue-ménage, 225 pages, 16 €.

Photo de Une Jorge Vasconez, via Unsplash.

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