Laissez-nous la nuit | Pauline Claviere

Ceux qui me suivent ici ou sur Instagram savent que j’ai un penchant pour les problématiques liées à l’enfermement et la privation de liberté. Forcément, j’éprouve un goût particulier pour les livres traitant de ces sujets. Ce genre a même un nom : la littérature carcérale. C’est dans ce genre que s’inscrit le premier roman de la journaliste Pauline Claviere.

Max Nedelec, la cinquantaine, n’aurait jamais cru se retrouver un jour derrière les barreaux. Mais après des années florissantes, l’imprimerie familiale ne tourne plus et les manoeuvres auxquelles il se livre pour essayer de la remettre à flot vont le mener tout droit dans les prétoires, puis en prison. Au départ, l’entrepreneur pense qu’il s’agit d’une simple erreur, qu’il sera sorti dans quelques heures, c’était sans compter l’avocat incapable dont il est affublé et le greffe du tribunal qui a perdu le seul document qui pouvait l’innocenter. Le voilà donc enfermé pendant un an.

Dans cet univers alternatif, il se trouve immergé dans un environnement fait de violences, de débrouille et, parfois, d’humanité. Celle-ci prend notamment la forme de Marcos, son codétenu haut en couleur qui va le prendre sous son aile et lui enseigner la vie en prison. Tout autour, c’est le bordel. Les petits chefs se livrent une lutte sans merci pour contrôler les trafics. Mais dehors, il y a Mélo, la fille de Max, qui se démène pour sortir son père de là.

Une belle galerie de personnages

Difficile de faire du neuf quand on écrit sur la prison. Pauline Claviere y parvient pourtant en nous proposant un panorama très actuel du système pénitentiaire français. Pour ce faire, elle s’appuie sur le quotidien du personnage principal qu’elle ponctue d’extraits du véritable règlement intérieur remit aux détenus à leur arrivée (pour mieux pointer son absurdité). Tout y est : la surpopulation, le délabrement, le communautarisme, mais aussi la solitude, la peur, l’espoir, souvent déçu.

Laissez-nous la nuit regroupe aussi une belle galerie de personnages, qu’ils soient détenus ou matons. L’autrice alterne les chapitres consacrés à Max Nédélec, sa vie actuelle, mais aussi celle passée, et aux individus qui gravitent autour de lui. On se retrouve face à des hommes cabossés, aux trajectoires chaotiques. Surtout, le récit rend parfaitement compte que loin de réinsérer, la prison abîme encore plus ceux qui ont le malheur d’y entrer. Parfois, même, la mort est le seul espoir qui est permis.

L’écriture est agréable et le récit ingénieusement construit, pas si évident pour un premier roman. Une autrice à suivre, assurément.

« Les gardiens ne bougeront pas. Dans ces cas-là, ils laissent faire. Pas envie de se faire amocher. Ils restent perchés, spectateurs attentifs, comme au temps des jeux romains, à nous regarder survivre ou mourir. »

Laissez-nous la nuit, de Pauline Claviere | Grasset, 624 pages.

Pour lire un extrait, c’est par ici !

Photo de Une : Matthew AnsleyUnsplash.

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