La nuit des béguines | Aline Kiner

Les béguines n’ont pas marqué l’Histoire de France, ni l’Histoire de manière générale d’ailleurs. Pourtant, ces femmes, membres de communautés religieuses laïques au cours du Moyen-Âge, méritaient bien un roman. C’est chose faite avec La nuit des béguines, dans lequel Aline Kiner nous ouvre les portes d’un pan méconnu de l’histoire des femmes. Les béguines sont apparues en Europe de l’Ouest au XIIè siècle. Souvent veuves ou célibataires, elles choisissaient de se regrouper dans une communauté, un béguinage, la plupart du temps pour éviter un mariage ou un remariage imposé par leur famille. Elles suivaient une règle monastique, mais ne prononçaient pas de voeux. Certaines travaillaient, à l’instar d’Ysabel, l’une des protagonistes de La nuit des béguines, qui met ses talents d’herboriste au service de l’hôpital du Grand béguinage de Paris, implanté en plein coeur du Marais (la muraille du béguinage est d’ailleurs toujours visible aux abords du lycée Charlemagne).

Ces communautés ont très vite suscité des craintes au sein de l’Eglise catholique qui voyait d’un très mauvais oeil ces communautés de femmes, dangereuses parce qu’asservies à aucun homme. Certaines ont été brulées vives, accusées d’hérésie, comme Marguerite de Porette dont l’ombre plane sur le récit d’Aline Kiner. C’est cette lutte pour la survie de ces communautés qui est ici relatée.  Le récit, qui se déroule entre 1310 et 1314, est emmené par quatre personnages féminins forts, issus d’horizons différents mais unis par la solidarité inhérente au statut de béguine. On y croise la sage Ysabel, la douce Ade, la flamboyante jeune Maheut et Jeanne dont l’indépendance surprendra le lecteur contemporain.  On rencontre des hommes aussi, dont la plupart sont déterminés à mettre un terme à cette parenthèse que représente le béguinage dans une Histoire profondément patriarcale, où « toute femme n’étant ni épouse, ni nonne est suspecte. »

La passion d’Aline Kiner pour l’histoire médiévale transparaît dans ce livre formidablement documenté. Loin de se borner à être un simple reflet de l’érudition de l’auteure (subtilement dosée, au demeurant), ce récit est parsemé de rebondissements, d’émotions mais aussi de sensualité. On vibre, on aime, on redoute en même temps que ces femmes dont l’histoire continue à nous accompagner bien après avoir refermé le livre. Rares sont les romans historiques qui raisonnent autant dans l’actualité, avec cette histoire de femmes indépendantes et menacées, Aline Kiner y parvient pourtant.

« En dehors de ces murs, le monde est rude pour les femmes. Nous nous devons les unes aux autres. »

La nuit des béguines, d’Aline Kiner | Editions Liana Levi – 329 pages

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