Just Kids | Patti Smith

Qu’écrire sur ce livre qui n’aurait pas déjà été écrit ? Assez peu de choses au final, tant Just Kids a déjà été loué ça et là. Peu de choses si ce n’est que Patti Smith fait partie de ces auteurs qui donnent envie d’écrire. On se sent toute petite face à ses talents de conteuse, pourtant, la simplicité et l’humilité qui émanent de ses textes nous donnent l’impression qu’on pourrait en faire autant.

Just Kids, c’est avant tout l’histoire d’une amitié. Celle qui aura uni Patti Smith et Robert Mapplethorpe, de leur rencontre presque providentielle en 1967, alors que la jeune femme vient d’arriver à New-York, jusqu’à la mort de celui-ci en 1989. Patti Smith l’écrit d’ailleurs : « le hasard d’une rencontre a changé le cours de ma vie ». Tous deux sont des artistes nés. Petit à petit, chacun trouve sa voie. Pour Robert, ce sera les montages, puis la photo. Pour Patti ce sera le dessin, l’écriture, le théâtre (un fiasco) puis la musique, qu’elle n’avait jamais envisagée comme une vocation. Leur relation, d’abord intime, devient plus floue lorsque Robert prend conscience de son homosexualité. Pourtant, la découverte de son identité sexuelle ne fera que renforcer leur amitié, qui semble indéfectible.

Just Kids, c’est ensuite l’histoire d’une ville, New-York. Dans ces années 1970, la ville est en ébullition. Ça bouge, ça danse, ça crée de toute part. Patti et Robert vivent dans la misère. Ils se traînent entre Brooklyn et le Village pour finalement s’installer au légendaire Chelsea Hotel, repère d’artistes en tout genre (c’est d’ailleurs dans cet établissement que Kerouac a écrit Sur la route). Ils y rencontrent William S. Burrough, Allen Ginsberg, Janis Joplin… Dans les clubs New-Yorkais, ils marchent dans les pas d’Andy Warhol, de Jim Morrison et de Lou Reed… C’est toute une époque qui est ici racontée.

Just Kids, c’est enfin l’histoire de deux vies tout entières tournées vers l’art. Patti et Robert sont tous les deux convaincus que c’est par l’art qu’ils contribueront à la société. Robert est un artiste flamboyant, avide de reconnaissance et de faste. Patti, elle, se veut plus discrète, plus modeste. C’est par la petite porte qu’elle a accédé à la célébrité et par une voie à laquelle elle n’aurait jamais songé. Et c’est au hasard d’une rencontre qu’elle a décidé un jour de mettre sa poésie en musique. C’est ainsi que s’écoule la vie de Patti Smith, au gré des rencontres et des disparitions, dont celle de Robert, mort en 1989 du sida.

C’est d’ailleurs de la mort de l’artiste qu’est né ce livre : sur son lit de mort, Robert a fait promettre à Patti d’écrire leur histoire.

“Mais, secrètement, je savais que j’avais été transformée, bouleversée par la révélation que les êtres humains créent de l’art et qu’être artiste, c’est voir ce que les autres ne peuvent voir.”

Just Kids, de Patti Smith, trad. Héloïse Esquié | Chez Folio, 416 pages.

Photo : Norman Seeff, Robert Mapplethorpe & Patti Smith, New York, 1969 “Robert & Patti II”

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