Jewish gangsta | Karim Madani

C’est un livre au sujet original que nous propose ici Karim Madani, par ailleurs journaliste indépendant spécialisé dans les cultures urbaines. Jewish gangsta, c’est une plongée dans l’univers des goons, un mouvement lancé par de jeunes juifs déclassés de Brooklyn dans les années 80-90 et dont l’influence se fait toujours sentir dans le milieu du hip hop américain.

En 1999, Karim Madani, alors basé à New-York, tombe sur un disque d’un groupe de rap inconnu au bataillon : Non Phixion. Le style unique du groupe l’interpelle tellement qu’il décide d’interviewer ces musiciens. De relations en relations, il finit par remonter jusqu’à eux. C’est donc la vie d’Ill Bill et de Necro, les deux frères qui composent le groupe qui est relatée ici. Madani nous raconte aussi l’histoire d’Ethan Horowitz, jeune délinquant passé par la prison de Rykers, et celle de JJ, alias Jewish Jane, qui a monté un gang de filles juives.

C’est une vision bien différente du Brooklyn hispter d’aujourd’hui que nous propose ici Karim Madani. A la fin du 20è siècle, la ville est composée de HLM, une guerre des gangs fait rage pour s’approprier les différents coins de vente de drogue. Giuliani et sa politique de tolérance zéro contre le crime n’ont pas encore ouvert la voie à la gentrification du quartier.  Au milieu de tout ce bordel, on suit Ill Bill et Necro, modestes vendeurs de weed qui aspirent à percer dans la musique. Ethan Horowitz, lui, vient tout juste de sortir du prison. Deux choix s’offrent à lui : la fac ou le retour en taule mais quand on a zéro diplôme, le choix s’impose de lui-même. Le personnage qui m’a le plus fascinée reste celui de JJ, fille d’immigrés russes déclassés qui, fatiguée d’être malmenée par les blacks et les latinos, décide de monter son propre gang : les Cee Jay.

Dans ce livre, tout est authentique. Le récit est nerveux, dur. Le livre est construit comme un disque, les références musicales foisonnent. On prend plaisir à lire Karim Madani, dont la passion pour la culture urbaine transparaît dans chaque phrase. Jewish gangsta se démarque incontestablement de tout ce qu’on peut lire habituellement et ça fait un bien fou.

Jewish gangsta, de Karim Madani | Aux éditions Marchialy, 300 pages, et chez 10/18, 192 pages.

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