Je ne ferai une bonne épouse pour personne | Nadia Busato

Qui était Evelyn McHale, qui s’est jetée de la terrasse panoramique du 86e étage de l’Empire State Building par un beau matin de mai 1947 ? C’est à cette question que Nadia Busato tente de répondre dans Je ne ferai une bonne épouse pour personne.

D‘elle, il ne reste qu’une photo, prise par un passant peu après son suicide. On y voit une jeune femme à l’air paisible, élégante jusque dans la mort. Seul le linceul de taule broyée dans lequel elle est enveloppée évoque la violence de ses derniers instants. Le cliché, reproduit sur la couverture du livre, a même eu à l’époque les honneurs du magazine Life, sous le titre « Le plus beau des suicides ».

La photo, dont on ne saurait dire finalement si elle est sensationnaliste ou sublime, est passée à la postérité. La jeune femme a même donné son nom à un procédé photographique, « l’effet Evelyn ». Nadia Busato a toutefois voulu aller plus loin en entreprenant d’imaginer la vie d’Evelyn McHale . L’énigmatique titre du livre fait référence au mot d’adieu laissé par Evelyn, qui se conclut ainsi : « Mon fiancé m’a demandé de l’épouser en juin prochain. Je pense que je ne ferai une bonne épouse pour personne. Il se portera bien mieux sans moi. Dites à mon père que je ressemble trop à ma mère ».

Tout au long du récit, les témoignages de personnes, proches ou non, d’Evelyn se succèdent. Et c’est justement avec la mère d’Evelyn que le roman débute. Femme au foyer, dépressive, elle a quitté sa famille juste après la naissance de son septième enfant. On rencontre aussi la soeur d’Evelyn et son ex-fiancé mais aussi des personnes qui lui étaient totalement inconnues, comme des journalistes de Life ou une femme qui rata son suicide à l’Empire state building quelques années plus tard.

Un beau portrait de femme

C’est là que le bas blesse. Si les récits des proches d’Evelyn s’avèrent passionnant et permettent de dessiner les contours de la personnalité (purement fictive, rappelons-le) de la jeune femme, j’ai peiné à comprendre l’intérêt de certains chapitres, à tel point que j’ai fini par les sauter.

C’est tout de même un beau portrait de femme que nous propose ici Nadia Busato. Evelyn McHale y apparaît comme une jeune femme dotée d’une forte personnalité, éprise de liberté mais profondément seule et qui ne s’est jamais vraiment remise d’avoir été abandonnée par sa mère.

Derrière le personnage d’Evelyn c’est en fait la condition de toutes ces jeunes femmes des années 40, destinées au mariage et à la maternité, qui est ici exposée. Le récit est porté par une plume tout en élégance et en sobriété. Une belle découverte, donc, malgré quelques pages superflues. 

« La solitude est un lieu à part : elle se trouve sur un territoire que seuls quelques-uns réussissent à atteindre et où presque personne ne veut rester. De l’extérieur, on ne la reconnait pas, elle n’a pas de manifestations épidermiques. »

Je ne ferai une bonne épouse pour personne, de Nadia Busato, traduit par Karine Degliame-O’Keeffe | Aux éditions de la Table Ronde, 272 pages.

Photo by Jonatán Becerra on Unsplash

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