J’avoue que j’ai vécu | Pablo Neruda

  • On se sent toute petite quand on lit Pablo Neruda. Il est de ses auteurs qui donnent l’impression d’écrire comme ils respirent, avec une facile déconcertante qui ne peut que susciter l’admiration. De lui, je ne connaissais jusqu’alors que quelques poèmes appris à l’école et dont il me restait quelques vers en tête. Je ne suis d’ailleurs pas très éprise de poésie, pas plus que d’auteurs sud américains, je dois l’avouer.  Si rien ne me prédestinait à lire ces mémoires, ce livre m’a instantanément accroché l’oeil au détour d’un passage en librairie. Grâce à son titre, d’abord, qui éveille la curiosité, mais aussi grâce à cette photo de couverture et la quiétude qui s’en dégage.

Ces mémoires sont riches, à l’image de la vie de leur auteur que l’on pourrait résumer en deux mots : poésie et politique. Le début du récit est consacré à la première, aux expériences qui ont fait de Pablo un poète : son enfance dans la campagne chilienne et ses années de galère à Santiago entouré d’artistes hauts en couleur. Après tout, « la folie, une certaine folie, s’avance très souvent bras dessus bras dessous avec la poésie ». La vie de Neruda prend une autre tournure lorsqu’il parvient à s’assurer les bonnes grâces du ministre chilien des affaires étrangères qui le nomme consul. Commence alors ses années de « solitude lumineuse » où les affectations en Asie se succèdent : la Birmanie, Ceylan (aujourd’hui le Sri-Lanka), Singapour…

De la poésie à la politique

La politique prend le relai quand la guerre d’Espagne éclate alors que Neruda est consul du Chili à Madrid. Relevé de ses fonctions, il rejoint Paris et finira par piloter l’exil de 2500 réfugiés espagnols vers le Chili. De cette lutte naîtra un recueil, L’Espagne au coeur. L’engagement politique ne cessera de guider la vie du poète jusqu’à sa mort en 1974. Les passages évoquant les voyages de Neruda dans la Russie et la Chine sont d’ailleurs passionnants, on sent peu à peu la ferveur de Neruda, communiste convaincu, laisser place à la déception.

Ce qui m’a le plus saisie dans ce récit, ce sont les personnes qu’on y rencontre : Picasso, Aragon, Eluard, Ehrenbourg pour les plus célèbres. Mais c’est le portrait de Nancy Cunard qui m’a le plus marqué. Cette anglaise issue de la grande noblesse a disparu du jour au lendemain en s’enfuyant avec un musicien noir de l’un des premiers jazz-bands de l’Hôtel Savoy. Forcément, dans les années 1930, ça faisait désordre. Elle a ensuite passé la plus grande partie de sa vie à lutter contre le racisme. Les paragraphes qui lui sont consacrés font toutefois figure d’exception dans ce livre où les femmes sont étonnamment absentes.

Quoi qu’il en soit, que vous soyez amateurs ou non de poésie de manière générale et de Neruda en particuliers, je ne peux que vous conseiller chaudement la lecture de ces mémoires. Ils sont une invitation au voyage et à la découverte d’une certaine Histoire du XXè siècle.

« Si les poètes répondaient avec franchises aux enquêtes, ils révèleraient le secret : rien n’est plus beau que de perdre son temps ».

J’avoue que j’ai vécu, de Pablo Neruda | Chez Folio, 544 pages.

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