J’aime le sexe mais je préfère la pizza | Thomas Raphaël

Il y a peu de temps, j’ai lu M train de Patti Smith. Jusque là, j’avais toujours rechigné à lire Patti Smith, et ce pour une raison totalement stupide : j’ai été très déçue par les chroniques de Bob Dylan et, allez savoir pourquoi, j’ai fais un amalgame sur la qualité des productions littéraires des chanteurs américains de cette génération. Stupide, comme j’ai dit. Quel rapport avec le sexe et la pizza me direz-vous ? Eh bien M Train commence par ces mots : « Ce n’est pas facile d’écrire sur rien ». Patti Smith y arrive pourtant à merveille. Grâce à la finesse de son écriture, elle parvient à donner à des moments de sa vie en apparence anodins une profondeur assez impressionnante. Mais c’est un autre sujet.

Ecrire sur rien, c’est aussi l’objectif que s’est sûrement fixé Thomas Raphaël avec ce bouquin dans lequel il raconte quelques scènes de sa vie. Et en l’occurence, c’est raté. Pourtant, le titre du livre est porteur d’espoir, j’ai même failli crier au génie avant même d’en avoir lu une ligne. La quatrième de couverture est tout aussi alléchante. Je vous laisse en juger : « Bienvenue dans le monde de Thomas Raphaël, où les récits d’asiles psychiatriques remplacent les histoires du soir, où les mononucléoses se transmettent de père en fils, et où les histoires d’amour naissent au crématorium. » Alléchant j’ai dis. Surtout pour les gens comme moi qui adorent qu’un auteur leur raconte une tranche de vie, la tourne en dérision et finisse, dieu sait comment, par en tirer une espèce de conclusion qui invite à la réflexion.

Forcément, quand on lit un tel résumé, on s’attend à de l’humour noir, du cynisme, du second degré. Eh bien ici, il n’y en a pas. Certes on sourit parfois mais l’impression qui domine à la lecture de ce livre reste l’ennui. L’auteur nous raconte sa petite vie de garçon gentil, très gentil (trop gentil ?) qu’on a bien envie de secouer de temps en temps. On est quelques fois attendri par cet enfant puis cet ado qui manque de confiance en lui, qui peine à trouver sa place dans sa famille et dans la vie en général. On sent venir un peu de profondeur quand il évoque son coming out, mais finalement non, rien ne vient, le soufflet retombe systématiquement.

Plus que l’ennui, c’est surtout un profond sentiment de gâchis qui nous reste. Car on sent que le talent est là, quelque part. Le style est agréable. La matière aussi est présente. Peut-être que l’auteur a trop voulu coller à la réalité, pour proposer le récit le plus sincère possible. Si c’est le cas, c’est louable, mais je ne lui aurais pas reproché de forcer parfois un peu le trait, histoire de rendre son récit un peu plus attractif, plus mordant. La littérature permet ça, pourquoi ne pas en profiter ?

Je précise que j’ai refermé ce livre à la moitié. Je pars du principe que la vie est trop courte pour perdre du temps à lire sans plaisir. Peut-être que la seconde moitié est brillante, mais j’en doute. M train, en revanche, est un excellent livre.

« Ce n’est pas la performance qui compte, c’est la progression. Il y a un plaisir, même dans le bonheur, à avancer pas à pas. Sans se comparer aux autres. En ne se comparant qu’à soi. »

J’aime le sexe mais je préfère la pizza, de Thomas Raphaël | Chez Flammarion, 272 pages

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