Intérieur nuit | Marisha Pessl

Et de deux ! J’ai donc enchaîné la lecture de deux livres de Marisha Pessl à la suite. Enfin enchaîné, pas tout à fait. Entre les deux, j’ai été frappé par une bonne vieille panne de lecture pendant laquelle j’ai commencé une bonne dizaine de livres que j’ai refermés, morte d’ennui, au bout d’un chapitre. Il aura fallu Intérieur nuit pour me guérir.

Ici encore, l’auteure frappe fort. Dans Intérieur nuit, on retrouve tout ce qui fait la singularité de La physique des catastrophes : l’érudition, le suspense, des personnages à la psychologie complexe et une plume brillante. Mais Marisha Pessl va encore plus loin avec ce livre qui se veut plus sombre et encore plus abouti.

Le récit commence par la mort d’Ashley Cordova, 24 ans. Ça a tout l’air d’être un suicide, et c’est d’ailleurs à cette conclusion que l’enquête abouti vite. Ashley était la fille de Stanislas Cordova, un cinéaste de génie, dont les films sont d’une violence telle qu’ils ne s’échangent plus que sous le manteau. Cordova est un homme secret, il ne s’est plus montré en public depuis plus de trente ans, et les mystères qui l’entourent alimentent tout un tas de fantasmes.

C’est là qu’entre en scène notre narrateur, Scott McGrath, un journaliste d’investigation mis au ban du petit monde journalistique après une enquête qu’il avait justement menée sur Cordova et dans laquelle il accusait le réalisateur de s’en prendre à des enfants. Sauf que le tuyaux était faux… Pour le journaliste, la mort de la jeune femme est l’occasion rêvée pour recommencer son enquête et faire la lumière sur Cordova. D’autant qu’il est convaincu que l’homme a joué un rôle dans la mort de sa fille. McGrath reprend donc l’enquête accompagnée d’une jeune femme, aspirante comédienne, pour l’heure SDF, et d’un jeune dealer qui semble avoir bien connu Ashley Cordova.

Tout au long des 700 pages que dure le roman, Marisha Pessl nous mème à la baguette, dans un dédale d’indices et de rebondissements. Au fil des chapitres, on oscille entre réalité et paranormal, à tel point qu’on ne sait plus en quoi croire, à l’instar du narrateur, dont l’esprit pragmatique est mis à rude épreuve.

Dans Intérieur nuit, l’auteure repousse aussi les limites du genre en intégrant au récit des documents, rapports de polices, extraits d’articles qui contribuent à rendre l’histoire si crédible et à entretenir le suspense.

En fin de compte, on se retrouve à engloutir ces 700 pages sans même s’en être rendu compte et en regrettant de n’avoir pas un peu plus fait durer le plaisir.

« L’effroi est une chose aussi essentielle à notre vie que l’amour. Il plonge au plus profond de notre être et nous révèle ce que nous sommes. Allons-nous reculer et nous cacher les yeux ? Ou aurons-nous la force de marcher jusqu’au précipice et de regarder en bas ? »

Intérieur nuit, de Marisha Pessl | Chez Gallimard, 718 pages et en poche chez Folio, 864 pages.

Photo by Alex Holyoake on Unsplash

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