Hôtel Lonely Hearts | Heather O’Neill

C’est d’abord la couverture de Hôtel Lonely Hearts, de Heather O’Neill, sublime, pleine de promesses, qui m’a attiré l’oeil. Son titre mystérieux, qui transpire la poésie et le désespoir, a fini de me convaincre. C’est d’ailleurs dommage que le livre soit paru en France (pays si friand d’anglicismes pourtant) sous le titre Les enfants de coeur, et avec une autre couverture…

Hôtel Lonely Hearts, Heather O’Neill

C’est dans un orphelinat du nord de Montréal, dans les années 1920, que débute le récit. Pierrot et Rose sont tous deux orphelins, abandonnés à la naissance par leurs mères adolescentes. La misère et les mauvais traitements sont légions dans cet endroit où l’espoir n’a pas sa place. Le seul moment joyeux de l’année est la fête de Noël, lors de laquelle les enfants se produisent devant de riches montréalais. Pierrot est un virtuose du piano, Rose une danseuse géniale. Repérés lors du spectacle, les deux enfants sont ensuite amenés à se produire dans les plus riches demeures de la ville et en viennent à rêver de fonder le plus grand cirque du monde. Mais c’est sans compter la méchanceté d’une nonne, éprise du garçon, qui séparera les deux amoureux.

Alors que la Crise de 1929 et la Grande dépression arrivent, Rose et Pierrot poursuivent leur vie chacun de leur côté, sans jamais s’oublier. Le garçon, recueilli par un vieille homme riche et solitaire, connaîtra la grande vie avant de se retrouver à la rue après la mort de son protecteur et de vivre de rapine. Rose, elle, sera un temps gouvernante, avant de devenir la maîtresse d’un influent malfrat de la ville, propriétaire de bars et de maisons closes. Pourtant, les deux jeunes gens n’auront de cesse de se chercher.

Un livre aussi magique que sombre

C’est un beau livre que nous propose ici Heather O’Neill. Un livre riche, aussi magique que sombre. Nous voilà plongés dans le monde interlope de Montréal pendant l’entre-deux guerres. À cette époque, les temps sont durs pour les rêveurs. L’autrice parvient à restituer l’atmosphère de ces années folles. Elle dépeint un monde sans concession et hostile, particulièrement pour les femmes, réduites au rang d’objet.

Pourtant il y a une réelle poésie qui se dégage de ce récit, et la plume de Heather O’Neill n’y est pas étrangère. Il y a un peu de Dickens dans ce livre, un peu de Tim Burton aussi. Les personnages sont attachants, on se prend à vivre et à rêver avec eux, même si la réalité prend, comme toujours, le dessus.

J’ai particulièrement aimé le personnage de Rose que l’autrice décrit d’ailleurs comme « une sorte de croisement entre un gangster et Simone de Beauvoir ».C’est sur elle que repose tout le récit et, à ce titre, il y a selon moi quelque chose de profondément féministe dans ce livre.

« Le corps d’une jeune fille est le lieu le plus dangereux du monde, car c’est là que la violence risque le plus de s’exercer. »

Hôtel Lonely Hearts, de Heather O’Neill, traduit par Dominique Fortier | Editions Alto, 544 pages.

Publié en France sous le titre Les enfants de coeur, chez Seuil, 480 pages.

Photo d’Ed Zavala via Unsplash.

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