Hillbilly Élégie | J.D. Vance

Vous commencez à le savoir, j’aime la littérature américaine, particulièrement celle qui nous fait voir l’envers du rêve américain. Je me suis donc logiquement tournée vers Hillbilly élégie de J. D. Vance. J’y ai retrouvé tout ce que j’aime dans ce type de littérature, à la différence près qu’ici, tout est vrai.

Hillbilly élégie c’est l’autobiographie de J. D. Vance. Le récit de son enfance chaotique à Middletown, au coeur des Appalaches et de l’Amérique blanche et pauvre. J. D. Vance évolue au sein d’une famille éclatée. Sa mère, une infirmière mise à la porte pour avoir abusé des médicaments, collectionne les maris. Son père biologique a renoncé à ses droits parentaux et son père adoptif a coupé tous contacts avec lui. Le quotidien du garçon est fait de violence verbale et d’abus domestiques. La seule constante dans sa vie, c’est ses grands-parents et sa soeur. Autour de lui, on se drogue, on boit, on zone, on va en prison, on resquille pour faire vivre sa famille nombreuse.

J. D. Vance n’est pas passé loin de reproduire ce schéma. Mais c’était sans compter le soutien de sa soeur et de ses grands-parents et cette conviction que quand on veut, on peut. Proche du décrochage scolaire, il se reprend et termine le lycée. Après un passage chez les Marines et en zone de combat en Irak, il intègre l’université de l’Ohio, puis la fac de droit de Yale. Il est aujourd’hui avocat.

Le parcours de l’auteur est donc une illustration du rêve américain, sauf que J. D. Vance est aussi critique que reconnaissant envers son pays. Mais il est surtout critique vis-à-vis des siens et se livre à une dénonciation très dure de la mentalité des Hillbillies. Et c’est là que le malaise s’instaure un peu.

Le discours de J. D. Vance est très conservateur (il écrit d’ailleurs qu’il vote républicains). Tout au long du livre, il dénonce ceux qui profitent du système, qui vivent des allocations sans même faire l’effort d’aller travailler. On retrouve ici un discours stéréotypé qui élude selon moi les vrais problèmes. Un discours qui a mené Trump à la Maison Blanche.

J’ai également été gênée par certains passages sur la soi-disante crise de la masculinité qui empêcherait les jeunes hommes blancs américains de réussir, discours bien connu dans le milieu masculiniste.

On sent néanmoins que l’auteur est tiraillé entre son parcours et ses origines. Il oscille entre l’empathie vis-à-vis des siens et les reproches qu’il leur adresse. C’est à mon sens ce témoignage de transfuge de classe qui fait tout l’intérêt de ce livre.

Pour résumer, le parcours de J. D. Vance est intéressant et inspirant. Ce livre est l’occasion de découvrir une autre facette de l’Amérique mais aussi de comprendre comment Donald Trump a pu entrer à la Maison Blanche. On peut toutefois déplorer le ton moralisateur et, au final, assez peu constructif de l’auteur.

Il m’expliqua que le manque de savoir et le manque d’intelligence étaient deux choses différentes. On pouvait remédier au premier avec un peu de patience et beaucoup de travail. Et pour le second ? « Eh bien, dans ce cas on est dans la merde jusqu’aux yeux, j’imagine »

Hillbilly Elégie, de J.D. Vance, traduction de Vincent Raynaud | Au Livre de poche, 336 pages.

Photo de Joshua Hoehne via Unsplash

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