Furious hours | Casey Cep

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a érigé Harper Lee au rang de monument de la littérature américaine dès sa parution en 1960. Le roman a même valu à son autrice le prix Pulitzer l’année suivante. Harper Lee a alors 37 ans et une longue carrière littéraire devant elle. Sauf qu’elle n’a jamais réussi à écrire à nouveau après ça. Va et poste une sentinelle est bien paru en 2015, mais ce roman – d’une qualité bien moindre – a en réalité été écrit avant son chef d’oeuvre. Dans Furious hours, Casey Cep nous apprend pourtant que Harper Lee s’était lancée dans l’écriture d’un livre de non-fiction inspiré d’un fait divers. Malheureusement, elle n’est jamais allée au bout de cette entreprise.

Les faits se sont déroulés dans son état natal d’Alabama dans les années 1970. Le révérend Willie Maxwell voit ses proches mourir les uns après les autres dans des circonstances étranges. D’abord, c’est sa femme, puis sa seconde épouse, ensuite son frère, et un ancien collègue. Très vite, l’homme d’église est accusé, d’autant que les autorités découvrent qu’il avait pour habitude de contracter des assurances-vies juteuses sur tous ses proches. Malgré ça, Willie Maxwell n’est jamais condamné, faute de preuves suffisantes. La population locale vit dans la peur et les plus folles rumeurs commencent à courir, jusqu’à ce que le révérend soit assassiné le jour des funérailles de sa belle-fille, elle aussi opportunément disparue.

C’est avec le récit de cette affaire incroyable que débute Furious hours. Au fur et à mesure, on comprend qu’il n’y a rien de surprenant que l’affaire ait attiré l’attention d’Harper Lee. Tous les ingrédients d’un bon livre sont réunis : des meurtres, du mystère, un contexte (le sud des Etats-Unis, où la ségrégation raciale règne toujours), des personnages charismatiques, qu’il s’agisse du révérend ou de son avocat, un homme politique qui finira par défendre l’assassin de Willie Maxwell.

A la découverte d’une autrice secrète

Pourtant, Harper Lee peine, mais pas par manque de matériel. Rodée au journalisme et au droit (qu’elle a étudié), elle a mené une enquête minutieuse sur place, réuni un nombre considérable d’éléments et d’interviews. La non-fiction et les affaires judiciaires ne lui sont d’ailleurs pas étrangères. On le sait peu, mais Harper Lee a assisté Truman Capote, son ami d’enfance, lors de l’enquête qui a précédé l’écriture de De sang froid. On comprend même à la lecture de Furious hours que ce livre n’aurait certainement jamais atteint son rang de chef d’oeuvre sans la participation d’Harper Lee.

Mais alors pourquoi, après des décennies de tentatives, ce travail d’écriture n’a-t-il jamais abouti ? Casey Cep a une théorie et elle l’expose dans son livre. Car Furious hours n’est pas que le simple récit d’un fait divers. L’autrice profite de cette occasion pour dresser le portrait d’une écrivaine qui a toujours fuit la célébrité, à l’exact opposé de Truman Capote. On apprend énormément sur Harper Lee, mais aussi sur l’époque dans laquelle elle a évolué.

À l’issue de cette lecture passionnante, on ne peut que ressentir de l’admiration pour Casey Cep, qui parvient à réunir dans un seul et même livre autant d’informations et de sujets de réflexion, en les articulant parfaitement.

Furious hours n’a pas encore été traduit en français. Pour ceux qui souhaiteraient se lancer dans sa lecture en anglais, je ne peux que vous y encourager, car l’écriture de Casey Cep est parfaitement accessible. Pour les autres, une traduction française doit paraître en septembre aux éditions Sonatine.

« Être auteur requiert une discipline de fer. C’est écrire, que vous pensiez que vous en êtes capable ou non. Chaque jour. Seul. Sans s’arrêter. Contrairement à ce que nombre de gens pensent, il n’y a rien de glamour dans l’écriture. En fait, ça vous fait mal la plupart du temps. »

Furious hours, de Casey Cep | Knopf, 336 pages.

Photo by Daniel Tseng on Unsplash

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