Évasion | Benjamin Whitmer

Vous ai-je déjà parlé de ma haine des bandeaux sur les couvertures des livres ? En général, il s’agit d’une phrase élogieuse et/ou pompeuse signée d’un auteur très connu ou d’un journaliste inconnu. Et en général, la promesse fait pschitt. Aussi, quand j’ai lu celui dont est affublé Évasion de Benjamin Whitmer, une citation du goncourisé Pierre Lemaître définissant ce livre comme « la quintessence du roman noir », j’ai un peu levé les yeux au ciel. Sauf que, pour une fois, le bandeau disait vrai.

Dans ce troisième livre, Whitmer raconte l’évasion de douze taulards de la prison d’Old Lonesome, petite ville du Colorado située au pied des Rocheuses, le soir du réveillon 1968. La bourgade est habituée et dès que l’alarme retentie, les habitants se cloîtrent chez eux jusqu’à ce que les évadés soient rattrapés, généralement plus morts que vifs. Dans cette ville, tout tourne autour de la prison. Nombre d’hommes y travaillent et le directeur, Jugg, fait la loi. Il a sous ses ordres une armée de gardiens, pour la plupart vétérans du Vietnam, qu’il shoote à l’acide pour s’assurer de leur docilité et de leur férocité.

Mais cette évasion ne ressemble pas aux autres, ce soir-là, un blizzard souffle sur la région , ce qui rend la traque d’autant plus compliquée. Des hommes à cran, des évadés pris au piège à cause des conditions météo et deux journalistes qui fouinent partout, les conditions sont réunies pour arriver à une issue tragique.

Un roman choral et des personnages affutés

Évasion est un roman choral où chaque chapitre donne la parole à un personnage différent : les journalistes, les gardiens, le directeur de la prison, Moppar, l’un des évadés, sa cousine… Ce choix est judicieux puisqu’il offre au lecteur une vue à 360 degrés sur l’action. Je serais d’ailleurs tentée de dire que ce livre a quelque chose de cinématographique. À chaque chapitre, c’est comme si la caméra changeait d’angle. L’effet est si réussi qu’on a l’impression d’y être.

L’autre force de ce livre, ce sont ses personnages dont l’auteur semble avoir sculpté la personnalité avec grand soin. Certains sont purement cruels, d’autres oscillent entre cruauté et empathie, mais aucun n’est vraiment bon. La ville joue un rôle à part entière, celui d’une prison abritant une prison. La preuve, taulard ou pas, personne ne semble capable de la quitter.

C’est un huis-clos haletant et magistral (n’ayons pas peur des mots) que nous propose ici Benjamin Whitmer. La quintessence du noir, donc.

« Vivre dans cette ville, c’est comme se faire étrangler, mais très lentement. Le genre de mort lente et suffocante à laquelle on met une vie entière à s’habituer. Et puis on meurt. »

Évasion de Benjamin Whitmer, traduction de Jacques Mailhos | Chez Gallmeister, 416 pages.

Photo de Tyson Dudley via Unsplash.

2 comments Add yours
  1. Ouh là, vous êtes dithyrambique, ma chère!
    J’ai lu «Cry Father» (noir et bien corsé, comme j’aime). Je me promets de remettre ça avec «Pike» et «Évasion».
    Tu es sur une bonne lancée de lectures ou je me trompe?

    1. Une excellente lancée ! Ça fait du bien après mon début d’année difficile. Bon il faut dire que je prends assez peu de risques. En totu cas je te recommande vraiment Évasion. Pour ma part je vais lire Pike qui est paraît-il tout aussi bon.

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