Dieu, le temps, les hommes et les anges | Olga Tokarczuk

Après Sur les ossements des morts, que j’ai beaucoup aimé, je poursuis ma découverte de l’oeuvre de l’autrice polonaise « nobélisée » Olga Tokarczuk. Dieu, le temps, les hommes et les anges est à l’image de son titre : mystérieux, beau et original. Un livre à la croisée des genres, entre roman, fable et conte.

Nous voici dans le village polonais d’Antan, au début du XXe siècle. Si cette petite bourgade coincée entre la forêt, des champs et deux rivières est totalement fictive, l’Histoire et la chronologie dans laquelle elle s’inscrit sont, elles, bien réelles. Antan est habité par un groupe de familles aux noms enchanteurs. Il y a les Divins, les Célestes ou encore les Chérubins. Mais malgré leurs patronymes, ces hommes ne sont pas des Saints et Olga Tokarczuk nous en fait la démonstration.

À travers trois générations, nous suivons l’évolution de ce village paysan et de ses habitants au gré de l’histoire de la Pologne. D’abord, il y a la Première Guerre mondiale, les hommes qui partent au front, les femmes qui restent seules et qui tiennent la ville à bout de bras. Ensuite, il y a la montée du fascisme, la Seconde Guerre mondiale, l’invasion nazie et le massacre des habitants juifs du village. Enfin, il y a le communisme, le Parti et tout ce qu’il compte de corruption (et de vodka).

Des personnes féminins forts

Dieu, le temps, les hommes et les anges est construit sous la forme de courts chapitres, chacun consacré à un personnage. Le récit est porté par une galerie de personnages féminins forts, que l’Histoire et les hommes malmènent. Ils malmènent leurs esprits, mais aussi leurs corps, à l’image de Ruth, violée par plusieurs soldats lors de la guerre ou de sa mère, surnommée « la Glaneuse », une prostituée qui finira par se retirer loin des hommes, dans la forêt. On retrouve d’ailleurs à travers elle ce personnage de femme solitaire, mystique et proche de la nature que l’on rencontre déjà dans Sur les ossements des morts.

La nature, un personnage à part entière

Les similitudes entre les deux romans ne s’arrêtent pas là. La nature occupe une place particulière dans ce livre, certains végétaux et animaux sont même présentés comme des personnages à part entière. Dans certains chapitres, l’histoire est ainsi racontée sous l’angle de la forêt ou des vergers. Par ce biais, Olga Tokarczuk questionne le rapport des hommes à la nature, tout autant malmenée que les femmes. Ce que ce roman a d’original, en revanche, c’est la réflexion qu’il propose sur Dieu et son existence.

Dieu, le temps, les hommes et les anges peut apparaître comme un roman enchanteur. Mais ne vous détrompez pas : c’est un monde violent qui est ici dépeint, à l’image des hommes qui l’habitent. C’est d’ailleurs ce que j’ai particulièrement aimé dans cette lecture : la cohabitation entre cette atmosphère onirique, hors du temps, et le côté extrêmement réaliste et cru du récit. Une grande réussite, qui me donne envie de me plonger encore un peu plus dans l’oeuvre d’Olga Tokarczuk.

« Qui suis-Je ? se demande Dieu. Dieu ou homme ? Peut-être l’un et l’autre à la fois ? Peut-être aucun des deux ? Ai-Je créé les hommes ou les hommes M’ont-ils créé ? »

Dieu, le temps, les hommes et les anges, d’Olga Tokarczuk, traduit par Christophe Glogowki | Chez Pavillons Poche (Robert Laffont), 395 pages | 9,50 €.

Photo de Une : green ant via Unsplash.

    1. N’hésite surtout pas ! Les deux livres sont différents mais on retrouve la patte de l’autrice. J’ai passé un excellent moment.

  1. C’est peut-être à ce jour mont titre préféré de l’autrice à ce jour, quoiqu’il soit compliqué de comparer ses titres, tous différents. Et je vois que tu lis Débâcle, une autre de mes lectures coup de coeur.. J’attends ton avis avec impatience..

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.