Le diable dans la ville blanche | Erik Larson

Je dois vous avouer quelque chose. J’ai un attrait un peu morbide pour les histoires de tueurs en série. Ce n’est pas tant l’horreur des crimes qu’il commettent que leur psychologie et les évènements qui font qu’ils sont devenus ce qu’il sont qui m’intéressent. J’ai beaucoup lu sur ce sujet avant de bouder un peu ce type de littérature depuis quelques années. Avec Le diable dans la ville blanche, d’Erik Larson, me voilà en quelque sorte revenue à mes premières amoures.

Enfin pas tout à fait. Le diable dans la ville blanche, c’est en vérité deux livres en un. Le récit se passe dans les années 1890 avant, pendant et après l’exposition universelle de Chicago. C’est justement de l’organisation, de la construction et du déroulement de cette exposition dont il est question dans une bonne partie du livre. Parallèlement, Erik Larson s’intéresse à Herman Webster Mudgett, plus connu sous le nom H. H. Holmes, qui, à la même période, a assassiné des dizaines de femmes dans l’immeuble qu’il a fait construire pour camoufler ses crimes.

Au départ, je n’ai clairement pas compris pourquoi l’auteur avait mêlé ces deux récits. Certes ces événements se sont passés à la même période, mais je peinais à comprendre en quoi l’exposition universelle et les meurtres commis par Holmes pouvaient être deux événements liés ou du moins méritant d’être traiter de concert dans un ouvrage.

Puis j’ai fini par comprendre, ou du moins par supposer, ce que voulais faire Erik Larson : opposer deux hommes. Opposer l’homme qui était à l’origine de l’exposition universelle, l’architecte Daniel Burnham, et l’homme qui est allé jusqu’à construire un immeuble pour cacher ses exactions, H. H. Holmes. Car ces deux récits se font face. Chaque chapitre aborde alternativement la foire de Chicago et la petite entreprise meurtrière de Holmes. D’un côté, on a la « ville blanche », l’exposition, surnommée ainsi car tous ses édifices étaient peints en blanc, censée divertir les foules. De l’autre, la ville noire, incarnée par Holmes, l’ancienne Chicago où la pauvreté et le crime règnent en maître.

Si j’ai donc fini par comprendre où l’auteur voulait en venir, je ne peux pas dire pour autant que j’ai apprécié la construction de ce récit. J’ai surtout eu l’impression d’une narration déséquilibrée, que le récit de l’exposition prenait le pas sur l’histoire de Holmes. C’est justement cette impression de déséquilibre qui, au départ, m’a questionnée quant à l’intérêt de mêler ces deux événements.

À vrai dire, un livre consacré uniquement à l’exposition universelle aurait largement suffit. Et ça aurait été un livre excellent ! On apprend énormément de choses dans ce récit, que ce soit sur la ville de Chicago, sur l’architecture, et sur Daniel Burnham, l’architecte à l’origine du tout premier gratte-ciel de l’histoire. Le travail de recherche de l’auteur a, semble-t-il, été titanesque et j’ai particulièrement apprécié l’érudition qui se dégage de ce livre.

Les parties sur Holmes m’ont un peu plus laissée sur ma faim. On apprend des choses également, mais l’histoire m’a parue un tantinet expédiée. Pour en apprendre plus sur ce personnage, considéré comme le premier tueur en série américain, je pense me tourner vers la lecture de La manufacture du meurtre, d’Alexandra Midal, paru chez Zone l’an passé.

Pour résumer, Le diable dans la ville blanche est un bon livre, passionnant même, fort bien documenté et bien écrit, mais dont la structure pourra en déranger plus d’uns.

« Rien n’était plus facile que de disparaître. Mille trains desservaient chaque jour Chicago. Beaucoup d’entre eux amenaient des jeunes femmes célibataires qui ne savaient pas ce qu’était une ville mais espéraient néanmoins élire domicile dans l’une des plus grandes et des plus dures qui soient. »

Le diable dans la ville blanche, d’Erik Larson | Au livre de poche, 600 pages.

Photo by Vilmos Heim on Unsplash

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