Débâcle | Lize Spit

Un coup-de-poing en pleine face. C’est un peu ce que j’ai ressenti à la lecture de Débâcle. L’autrice flamande Lize Spit propose ici un récit profondément dérangeant, à l’image de la couverture du livre, d’ailleurs, qui donne tout de suite le ton. C’est cette même couverture qui m’a poussée à reporter sans cesse ma lecture, comme si j’avais eu besoin de prendre des forces avant de m’attaquer à une histoire que je devinais éprouvante.

Eva grandit dans une famille délabrée dans un coin de la campagne flamande qui l’est tout autant. Ses parents sont alcooliques et se désintéressent de leurs enfants. Son grand frère s’évade comme il peut, sa petite soeur, baptisée Tessie en souvenir de l’aînée mort-née de la fratrie, a développé des TOC qui la détruisent. Eva, elle, trouve du réconfort en compagnie de ses deux amis Pim et Laurens.

Les trois enfants sont inséparables et se sont surnommés « les trois mousquetaires ». Mais l’adolescence survient et la puberté va instiller dans leur amitié un poison qui va conduire à l’impensable. Des années plus tard, la jeune femme retourne dans son village natal avec un plan en tête et cette fois-ci, c’est elle qui tient les rênes.

C’est par un subtil mélange de flash-back que nous suivons l’évolution d’Eva, Laurens et Pim. Les chapitres alternent entre le présent et l’été 2002, où la vie d’Eva a basculé. Cette construction narrative, a priori banale, sert ici le récit puisqu’elle contribue à faire monter peu à peu la tension jusqu’à la fin, sorte de bouquet final d’un feu d’artifice tout en noir et gris.

La violence de l’adolescence

A mille lieues du roman d’initiation, Débâcle décrit l’adolescence dans ce qu’elle a de plus violent. À l’innocence enfantine succèdent la transformation des corps et la recherche du plaisir.

C’est justement dans cette quête que Pim et Laurens vont échafauder un plan pour pousser les filles du village à se déshabiller devant eux. Eva leur sert d’arbitre, de peur de perdre l’amitié de ses deux compagnons. Sauf que le stratagème va se retourner contre elle, de la façon la plus violente qui soit.

Un récit réaliste

C’est aussi la question de l’assignation des genres et de ses conséquences sur les femmes qui est ici posée par Lize Spit. L’autrice nous rappelle en effet comment, dès l’adolescence, les filles sont objectifiées sexuellement et violentées. Le réalisme de ces passages est d’ailleurs assez époustouflant.

La langue est crue, le récit sans fard. Le résultat : un roman addictif – englouti en deux nuits d’insomnie – qui place le lecteur dans une position désagréable, celle de témoin impuissant, à la limite du voyeurisme. Une lecture déroutante, éprouvante, qui risque de me coller à la peau pour longtemps.

« Les filles pareilles ça manque d’une base solide. Tu peux leur faire faire pratiquement tout ce qui te plaît et, en plus, elles t’en voudront même pas après »

Débâcle de Lize Spit, traduit par Emmanuelle Tardif | Chez Babel (Actes sud), 564 pages, 10,80 €.

Photo by Annie Spratt on Unsplash

  1. Très juste ton billet, notamment ce sentiment de voyeurisme, oui.. j’avais aussi trouvé ce titre très fort, violent, mais aussi très habile, parce que l’autrice amène cette violence tout doucement, et par allusions. Elle nous plonge dans une ambiance poisseuse sans que l’on parvienne au départ à mettre le doigt sur ce qui cloche.

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