De si bons amis | Joyce Maynard

Avec De si bons amis, je retrouve l’une de mes autrices chouchous, Joyce Maynard. J’ai lu quasiment tous ses livres, de son autobiographie, Et devant moi le monde, où elle raconte sa relation avec J. D. Salinger, au très touchant Les règles d’usage, l’histoire d’une ado qui a perdu sa mère le 11 septembre 2001. Encore une fois, Joyce Maynard a réussi à me séduire.

Dans De si bons amis, il est bien sûr question d’une amitié, celle qui unit Helen à un riche couple, rencontré par hasard, qui décide de la prendre sous son aile. Ava et Swift Havilland sont tout ce que Helen n’est pas : riches, charismatiques et heureux – du moins en apparence. La jeune femme peine à comprendre ce que les Havilland peuvent bien lui trouver. Photographe, elle accumule les petits boulots. Le soir, elle assiste aux réunions des alcooliques anonymes. La garde de son fils de 8 ans, Oliver, lui a été retirée après sa condamnation pour conduite en état d’ébriété. Perdue, Helen décide de s’investir pleinement dans cette amitié inespérée, au point de négliger le reste de son entourage.

Sauf que les intentions du couple ne sont pas si innocentes, et Helen ne tarde pas à se retrouver sous son influence. Elle devient leur chose, d’autant qu’ils lui promettent d’engager un avocat afin qu’elle récupère la garde d’Oliver. Mais quand ce dernier est témoin d’un grave accident impliquant Swift, leur relation va être mise à rude épreuve.

Une nature humaine bien peu glorieuse

Les livres de Joyce Maynard se suivent mais ne se ressemblent pas. Après avoir abordé les thèmes de la famille, du deuil ou de la maladie, elle s’attaque cette fois-ci à l’amitié. Plutôt que de nous proposer une jolie histoire, elle décide de décrire ce sentiment dans ce qu’il a de pire. Le titre original du livre, Under the influence, donne d’ailleurs le ton. Au-delà de l’amitié, De si bons amis questionne aussi le sujet de la solitude et ce qu’on est prêt à supporter pour y échapper. Le livre dépeint aussi une nature humaine bien peu glorieuse.

Il se dégage de ce récit une impression désagréable. Si le décor, la villa luxueuse du couple, est plaisant, les émotions et comportements ici décris sont laids. Très vite, on s’aperçoit que le bonheur et la gentillesse des Havilland ne sont qu’apparents et on sent le drame arriver de façon inéluctable. Mais c’est trop tard, Helen a succombé à leur aura, elle est à leur merci. Petit à petit, les compliments et les cadeaux que le couple lui fait disparaissent. Elle se retrouve maintenant en charge de tâches ingrates, se retrouvant parfois reléguée au rang d’employée. D’autant qu’Ava et Swift viennent de se faire une nouvelle amie, qui concentre désormais leur attention.

Si les personnages sont peu nombreux dans ce récit, chacun a été soigneusement travaillé, particulièrement Helen. Sous ses airs insipides, l’héroïne se révèle pleine de contradictions et plus réfléchie qu’on ne le pense. À ces personnages réussis, s’ajoute une construction judicieuse du récit, qui alterne passé et présent, et une montée en puissance très progressive mais qui ne suscite jamais l’ennui. Du grand Joyce Maynard.

« Soudain, l’évidence s’est imposée : il n’y avait pas une seule composante de ma vie actuelle qui ne provienne directement des Havilland. Mes amis, mon gagne-pain, jusqu’à mes vêtements. Ava et Swift répondaient de tout. »

De si bons amis, de Joyce Maynard, traduit par Françoise Adelstain | Aux éditions Philippe Rey, 336 pages.

Photo de Raphaël Biscaldi via Unsplash.

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