La cloche de détresse | Sylvia Plath

Tragique destinée que celle de Sylvia Plath qui mit fin à ses jours à l’âge de 31 ans après une courte vie passée à lutter contre des troubles bipolaires. J’avais peu entendu parler de cette poétesse américaine jusqu’à ma lecture de M train de Patti Smith (encore elle). Dans ce livre, Patti Smith raconte ses pèlerinages sur la tombe de Sylvia Plath, qu’elle vénère, récit qu’elle accompagne d’une photo de la pierre tombale. L’évocation du génie de cette artiste américaine dont le désespoir l’a poussé à mourir la tête dans son four alors que ses deux enfants jouaient dans la pièce à côté m’a intriguée.

La cloche de détresse est l’unique roman écrit par Sylvia Plath. Ce livre est initialement paru sous le pseudonyme de Victoria Lucas en 1963, un mois avant le suicide de son auteure. Sylvia Plath avait parfaitement conscience des conséquences de la sortie de ce livre, largement autobiographique, quand bien même les noms et les lieux ont été modifiés. Elle ne s’y était pas trompée. La réédition du livre sous son vrai nom en 1970 a donné lieu à un procès, l’une des protagonistes, apparemment aisément identifiable, ayant porté plainte sa plainte en diffamation concernant sa prétendue homosexualité.

Ce livre est grave et sombre et, autant le dire, on n’en ressort pas indemne. La narratrice, Esther Greenwood, 19 ans, est une brillante étudiante américaine, promise à un bel avenir dans le milieu de l’édition. Lauréate d’un concours organisé par un grand magazine de mode, elle est conviée à passer un mois à New-York. Entre journée au travail et réceptions mondaines, la jeune fille originaire de Boston goûte à la vie new-yorkaise. A son retour chez sa mère, elle apprend qu’elle a été recalée à un stage d’écriture et la descente aux enfers commence. Esther sombre peu à peu dans la dépression, elle n’a plus qu’une seule envie : en finir avec la vie. Elle ne dort plus, ne mange plus, ne lit plus, et se retrouve internée en hôpital psychiatrique.

Pour parler de sa dépression, la narratrice se décrit « sous une cloche de verre ». C’est toute l’ambition de ce livre, décrire ce qu’est la vie quand on est prisonnier de cette cloche de verre. Voici d’ailleurs comment Sylvia Plath parlait de son roman : « Ce que j’ai fait […] c’est ramasser l’ensemble des événements de ma propre vie, ajouter de la fiction pour donner de la couleur… cela donne une vraie soupe, mais je pense que cela indiquera combien une personne solitaire peut souffrir quand elle fait une dépression nerveuse. J’ai essayé de dépeindre mon univers et les gens qui l’habitent tels qu’ils m’apparaissaient vu au travers du verre déformant d’une cloche de verre ».

La lecture de se livre est éprouvante. On est balloté dans ce déferlement d’émotions. Le récit commence pourtant de façon légère sur les grandes avenues de New-York puis tout dégénère. Esther, habituée à la réussite, ne comprend pas. Puis, à force de retour sur son passé, elle réalise que cette cloche la menaçait comme une épée de Damoclès depuis longtemps, qu’elle ne pouvait que s’abattre sur elle. Sylvia Plath voulait décrire une dépression vue de l’intérieur, elle y parvient parfaitement. On ressent la solitude, l’incompréhension des proches, le désespoir, jusqu’à ce qu’une lueur apparaisse et que l’éventualité d’un lendemain semble à nouveau possible.

« Où que je me trouve – sur le pont d’un navire, dans un café à Paris ou à Bangkok – je serais toujours prisonnière de cette cloche de verre, je mijoterais toujours dans le même air vicié ».

La cloche de détresse, de Sylvia Plath | Editions Gallimard, 280 pages.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.