Ceux d’ici | Jonathan Dee

On reste aux Etats-Unis mais cette fois-ci je vous propose une plongée dans la classe moyenne américaine. Point de drogue, point de prison dans Ceux d’ici de Jonathan Dee, juste des gens normaux mais qui ne sont pas moins éloignés du rêve américain.

Nous sommes à Howland, petite ville (fictive) du Massachusetts située à 2h30 de New-York. La ville est une destination de vacances privilégiée des riches new-yorkais qui semblent apprécier l’authenticité de cette petite bourgade. Le récit commence au lendemain du 11 septembre 2001. L’Amérique est sous le choc. Philip Hadi, riche homme d’affaire, décide de fuir la grosse pomme pour mettre sa famille en sécurité à Howland. Quelques mois plus tard, il est élu maire de la ville et n’hésite pas à payer les dépenses municipales avec sa fortune personnelle.

Hadi fait installer des caméras dans le centre-ville, il envisage d’interdire la vente de cigarettes sur le territoire de la commune et d’instaurer un couvre-feu pour prévenir la conduite en état d’ivresse. Entre résistance, fatalisme et désintérêt, chacun réagit à sa manière face à l’homme d’affaire qui fait la pluie et le beau temps à Howland.

Dans Ceux d’ici (The locals, en anglais), Jonathan Dee nous immerge dans le quotidien de plusieurs habitants de Howland alors que la crise frappe l’Amérique. Deux mondes s’opposent : celui des citadins qui semblent vivre la campagne comme une attraction foraine et les habitants de Howland qui tentent de se maintenir à flot, à l’image de Mark Firth, entrepreneur en travaux publics qui décide de se lancer dans l’investissement immobilier peu avant la crise des subprimes. Peu à peu, les mentalités changent. La ville se replie sur elle-même, la suspicion s’installe.

Vous l’aurez compris, Jonathan Dee se livre dans ce roman à une critique du modèle américain. Mais n’allez pas y voir une critique de l’administration Trump, le livre a été écrit alors que l’élection à la Maison Blanche de l’homme d’affaire était inimaginable pour la plupart des américains.

L’écriture de Dee est très minimaliste mais très efficace. Il ne se passe pas grand chose dans ce livre, il n’y a pas de mystère, pas de scène d’action, pourtant l’auteur parvient à capter notre attention et à la tenir tout au long du livre. Il faut dire que tous les personnages sont passionnants. L’écriture de Jonathan Dee est également très visuelle. Il parvient à nous faire ressentir l’atmosphère qui règne dans cette petite ville et on a parfois l’impression d’évoluer dans un tableau de Hopper.

Les livres de Jonathan Dee sont souvent comparés à ceux de Jonathan Franzen. Pour ma part, j’ai trouvé que le propos de Dee est bien plus fort que celui de Franzen. D’ailleurs, les livres de ce dernier ont tendance à me tomber des mains alors que j’ai été captivée par Ceux d’ici.

« On peut devenir un héros sans rien faire, il suffit que votre action revête un sens pour les autres. »

Ceux d’ici, de Jonathan Dee, traduit de l’anglais par Elisabeth Peellaert | Chez Plon, 416 pages.

2 comments Add yours
  1. C’est vrai que les roman de Dee peuvent faire penser aux tableaux de Hopper. Je n’ai pas encore lu celui-ci, mais j’y compte bien. Je garde un très bon souvenir de « Mille excuses » et de « Les privilèges » et j’ai adoré « La fabrique des illusions ».

    Pour la comparaison avec Jonathan Franzen, je suis plus ou moins d’accord. Il y a un deuxième niveau chez Franzen que je n’ai jamais retrouvé chez Dee. Quelque chose de plus retors… (Je pense au Franzen des « Corrections » et de « Freedom ». « Purity » et « Phénomènes naturels » me sont tombés des mains!).

    1. Je devrais donner une deuxième chance aux Corrections, c’était peut-être pas de bon moment quand je l’ai lu.

      C’est mon premier Dee, maintenant j’ai envie de lire les autres évidemment. Je note La fabrique ds illusions !

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