C’est comme ça que je disparais | Mirion Malle

Dans sa première oeuvre de fiction, l’illustratrice Mirion Malle – créatrice, notamment, de La ligue des super féministes – s’attaque à un sujet ô combien délicat : la dépression. C’est comme ça que je disparais rend compte avec justesse et sensibilité d’une maladie méconnue et, disons-le, tabou.

Clara vit à Montréal. Elle travaille dans l’édition et écrit de la poésie. Alors qu’elle essaie d’avancer sur son nouveau recueil, l’inspiration peine à venir. Petit à petit, on comprend qu’elle ressent depuis plusieurs années un profond mal-être, dont on ignore au départ la cause. D’abord latent, ce mal-être va progressivement l’envelopper complètement, jusqu’à l’empêcher de mener une vie normale. Clara perd le goût de tout, le travail, les sorties avec les copines… Comme elle le dit : elle est vide. Les idées noires sont de plus en plus fréquentes, et la douleur est telle que Clara veut disparaître.

On m’a dit un jour que seuls les gens qui ont connu la dépression sont capables d’en parler avec justesse. Mirion Malle le confirme avec C’est comme ça que je disparais. La dépression, elle l’a elle-même vécue. Résultat : tout y est. Le rôle qu’on joue en société pour faire comme si tout allait bien, la peur de déranger, la honte, le malaise, l’incompréhension puis l’absence des proches, la culpabilité de ne pas être capable de rebondir alors qu’on a « tout pour être heureuse », la solitude, l’envie d’en finir.

C’est peut-être aussi parce qu’elle est passée par là que Mirion Malle ne tombe pas dans les clichés habituels qui entourent la dépression. Ici, pas de romantisation du mal-être (la fameuse « mélancolie »), la dépression est décrite telle qu’elle est : laide.

Du second degré et de l’humour

Mais l’autrice réussit un tour de force : glisser du second degré et de l’humour dans une thématique qui n’a rien de joyeux. La lecture n’a d’ailleurs rien de plombant : Mirion Malle parsème le récit d’extraits de poèmes, de références culturelles et de notes d’humour.

J’ai également particulièrement apprécié le côté très actuel de cette BD, les planches sont entrecoupées d’extraits de conversations via SMS, de pages de réseaux sociaux, comme quand Clara va fureter sur le compte Instagram de son ex, qui vit le parfait amour avec sa nouvelle copine. Je trouve ça particulièrement judicieux dans la mesure où ça apporte du dynamisme au récit et où ça peut aider les jeunes générations à s’identifier à la protagoniste.

Autre atout de cette BD : le dessin de Mirion Malle. J’ai été bluffée par sa capacité à restituer l’émotion d’un visage mais aussi par le choix d’effacer, par moment, le visage de Clara. Quel meilleur moyen que le vide pour illustrer le vide ?

« Je voudrais être légère et insouciante, je voudrais avoir le droit de ne pas lutter constamment ».

C’est comme ça que je disparais, Mirion Malle | La ville brûle, 208 pages, 19 €.

Photo de une : Megan te Boekhorst | Unsplash

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