Carnaval | Ray Celestin

Voici un livre que j’ai choisi sans même lire la quatrième de couv, et Dieu sait que ça m’arrive rarement. Mais il faut dire que les quelques mots qui figurent sur la couverture  de Carnaval, de Ray Celestin, se suffisent à eux-mêmes : « La Nouvelle-Orléans, 1919. Tandis que la musique envahit la ville, un tueur frappe ». Alléchant n’est-ce pas ?

Carnaval s’inspire de faits divers qui se sont réellement produits à la Nouvelle-Orléans à la fin des années 1910. Plusieurs personnes d’origines italiennes ont été massacrées à coup de hache par un homme « à la peau sombre », diront les témoins. Les amateurs d’American horror story se souviendront peut-être avoir déjà rencontré le tueur à la hache dans la saison 3 de la série. Dans le livre, Ray Celestin nous propose une enquête croisée, menée par plusieurs personnages. Un flic, un ex-flic ripou et une jeune métisse, apprentie détective privée, accompagnée d’un ami musicien de jazz, un certain Lewis Armstrong (qui n’est autre que Louis Armstrong).

Carnaval réunit tous les ingrédients d’un bon thriller : du suspense, de la noirceur (quoique peut-être pas assez à mon goût), des personnages principaux complexes et attachants et quelques pourritures en guise de suspects. Mais tout l’intérêt du livre tient, selon moi, dans son ambiance. On sent que Ray Célestin aime la Nouvelle-Orléans, qu’il connaît la ville et qu’il veut lui rendre hommage. Son amour pour le jazz est aussi palpable. Le mariage entre la ville et cette musique s’avère donc savoureux et savamment orchestré.

Ce livre n’est pas qu’un simple thriller. Derrière une intrigue qui tient la route, Ray Celestin aborde le sujet sensible de la ségrégation raciale dans le sud des Etats-Unis en début du XXè siècle. Si la Nouvelle-Orléans et la Louisiane se démarquent à cette époque par rapport aux états voisins, les noirs restent cantonnés à certains quartiers, certains emplois, certaines parties des bus et des tramways. Pourtant, c’est eux qui donnent à la ville toute son aura, en animant les bars et les rues de jazz et de blues. Cette ségrégation se cristallise notamment dans le personnage du policier Michael Talbot, qui s’est marié en cachette avec une infirmière noire avec qui il a eu deux enfants. La famille vit dans la clandestinité et dans la peur d’être démasquée (officiellement, Anette est la bonne de Michael).

Carnaval est donc un bon livre à suspense qui nous fait évoluer dans une ambiance agréable tout en éclairant une partie de l’histoire des Etats-Unis. Il s’agit du premier tome d’une série de quatre volumes retraçant l’histoire du jazz et de la mafia pendant cinquante ans aux Etats-Unis. Un deuxième tome, Mascarade, est paru en 2017.

« La Nouvelle-Orléans était maintenant à deux doigts de succomber à son propre mythe, à un passé qui n’avait jamais existé. Si cette ville était une personne, ce serait une pute sur le déclin. Avec du rouge à lèvre mal étalé et des dents jaunes, souriante et minaudante, enveloppée dans des vêtements en soie française défraichie. Les coquetteries et les falbalas pour masquer la déchéance. »

Carnaval, de Ray Celestin, traduit de l’anglais par Jean Szlamowicz | Au Cherche midi, 494 pages | En poche chez 10/18, 528 pages.

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