Bois sauvage | Jesmyn Ward

Après les déceptions en série que je connais depuis le début de l’année, je commençais à désespérer d’être à nouveau emportée par un livre. C’est chose faite avec Bois sauvage de Jesmyn Ward.

Nous voilà plongés au coeur du Mississippi, en pleine Amérique noire et pauvre. Un père vit avec ses quatre enfants depuis la mort de sa femme, morte en couche à la naissance de Junior, le petit dernier. Dans cette fratrie, trois frères et une fille, Esch, 14 ans et enceinte. Randall, basketteur prodige, veut décrocher une bourse pour l’Université. Quant à Skeet, l’aîné, il est obsédé par sa chienne pitbull qui vient de mettre bas. La famille vit de pas grand chose, d’autant que le père boit beaucoup pour essayer d’oublier que sa femme n’est plus. Mais alors que chacun lutte pour sa survie, l’ouragan Katrina se fait de plus en plus menaçant…

Ne vous laissez pas avoir par la couverture vert pétant de ce livre. Ici on est face à du noir, du très très noir. C’est un roman bouleversant, violent et sans aucune concession qu’a signé la jeune Jesmyn Ward. Pas étonnant qu’il ait obtenu – à la surprise générale, pourtant – le National Book Award en 2011.

Il n’y a rien en trop dans ce livre. Le récit va droit au but. Chaque personnage est taillé au cordeau et chacun parvient à provoquer l’empathie.

Esch, seule fille au milieu de cette tribu d’hommes, est un diamant brut. Elle est perdue, amoureuse, ne sait pas quoi faire d’elle-même et de ce corps de femme alors qu’elle n’est qu’une enfant, privée de la tendresse de sa mère. Elle donne ses faveurs aux garçons, car c’est toujours plus simple que de dire non… En retour, elle n’obtient que du mépris.

Le récit est brutal mais l’auteure parvient à parsemer ici et là quelques touches d’humanité. Quant à l’ouragan qui menace, il instille dans l’histoire une tension palpable car dans cet univers tragique, on n’imagine pas d’autre issue que le drame.

Dans ce livre, Jesmyn Ward nous propose une certaine vision de l’Amérique, prise dans l’oeil du cyclone, au sens propre comme au figuré. Elle dresse ici une critique sans concession de son pays.

Je remercie infiniment Marie-Claude pour m’avoir convaincue de lire ce livre.

« Il reste plus que du bois et du fer, tout bousillés, et soudain il y a un grand trou entre avant et maintenant, et je me demande où le monde qui existait ce jour-là est passé, parce qu’on est plus dedans. »

Bois sauvage, de Jesmyn Ward | Chez Belfond, 352 pages | En poche chez 1018, 312 pages.

Photo de Sandra Seitamaa via Unsplash

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