Birdie |Tracey Lindberg

D’abord il y a cette couverture, d’une beauté époustouflante. Ensuite il y a ce titre, Birdie, comme une invitation pour un voyage vers un monde inconnu. Et enfin il y a cette histoire, la violence, la pauvreté, le désespoir.

Bernice Meetoos, alias Birdie, a quitté sa réserve Crie et l’Alberta pour s’installer à Gibsons, en Colombie-Britannique, juste parce que c’est là que se déroule l’action d’une série qu’elle adore, les Beachcombers. Plus que marcher sur les pas de Pat John, un acteur de la série dont elle est dingue depuis gamine, Bernice cherche surtout un nouveau départ. Elle s’installe dans un petit appartement au dessus de la pâtisserie qui l’emploie. Le soir, elle sort, elle boit et se donne à des types rencontrés dans les bars, juste comme ça.

Un matin, Bernice décide de ne plus se lever. Elle n’y arrive plus. Alors qu’elle est allongée dans son lit, Birdie s’évade par la pensée. Elle remonte le temps et revit son passée, l’abandon de sa mère, la violence de ses oncles, l’alcool, la difficulté à trouver sa place quand on est une jeune autochtone. Deux choix s’offrent alors à Bernice, disparaître, pour toujours, ou survivre.

Je dois admettre que j’ai eu un mal fou à rentrer de ce livre tout à fait singulier. J’aurais même abandonné si je n’avais pas été si persuadée que quelque chose m’attendait quelque part dans ces 336 pages. Grand bien m’en a pris ! Une fois passée la surprise et une petite période d’adaptation, je me suis laissée complètement emportée dans cette histoire, oscillant entre rêve, réalité, passé et présent.

Birdie est le premier roman de Tracey Lindberg, canadienne d’origine crie. Ce livre est un hommage à sa culture mais aussi un grand cri de rage contre le sort des femmes autochtones dont le quotidien est dominé par la violence. La violence des hommes. Tracey Lindberg vante aussi la force de toutes ces femmes, leur capacité à se relever et la solidarité qui semble les unir. On les retrouve ici, à travers Bernice, Valène, Freda et leurs fortes personnalités.

L’envie de lire ce livre m’est venue à la suite de la visite du musée de l’histoire canadienne à Ottawa il y a quelques semaines. J’en suis ressortie particulièrement mal à l’aise, honteuse, choquée par le sort réservé aux indiens par les colons. Forcément, ma pensée est allée directement vers les femmes de ces premières nations et depuis, je veux en savoir plus. Birdie permet une plongée dans cette vie qu’on imagine proche de la réalité.

Ce qui fait la force de ce livre aussi, c’est la capacité de Tracey Lindberg de dénoncer cette situation tout en magnifiant la culture autochtone. Le français et la langue crie se mêlent. Des contes, parfois sublimes, parfois inquiétants, ouvrent chaque chapitre et contribuent à donner à Birdie une atmosphère unique.

« Assumant les responsabilités que les hommes avaient abdiquées, elles portaient toutes un fardeau trop lourd qui leur courbait le dos et les coupait de leurs émotions, sans qu’elles en mesurent encore les conséquences ».

Birdie, de Tracey Lindberg | Aux éditions Boréal, 337 pages.

2 comments Add yours
  1. Un roman unique. J’ai eu, comme toi, du mal à passer les premières pages, à prendre mes aises. Mais une fois le pied à l’étrier, j’ai été complètement subjuguée. La lumière qui sort de ce roman est éblouissante (compte tenu de la dureté de la réalité dépeinte).

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