À suspicious river | Laura Kasischke

Les gens qui pensent que la lecture est une activité bien ennuyeuse ont décidément rien compris à la vie. La lecture n’est pas une activité passive, ni anodine. Il y a des livres qui vous malmènent, qui vous font mal et vous accompagnent longtemps après leur point final. À suspicious river de Laura Kasischke en fait partie. La preuve, je suis resté cinq minutes le regard dans le vague après l’avoir terminé. Ce livre m’a complètement chamboulée, voici pourquoi.

Leila, 24 ans, vit à Suspicious river, une petite ville du Michigan. Elle travaille comme réceptionniste au Swan motel. Entre deux prises de réservations, Leila vend son corps aux clients. Elle n’a pas vraiment besoin d’argent, ne souffre pas de cette situation, elle est indifférente à tout. Leila est comme désincarnée, elle assiste à sa vie, sans aucune émotion. C’est grâce à un jeu de flashbacks savamment menés par Laura Kasischke que l’on comprend petit à petit pourquoi la descente aux enfers de Leila est inéluctable.

Car ce livre pose la question du déterminisme. Leila rejoue, consciente ou non, le destin de sa mère, assassinée à 24 ans. Au fur et à mesure des chapitres, on sent la tragédie arrivée. C’est dur, ça fait mal mais on y va quand même. Je n’avais jamais été confrontée à une lecture aussi pénible mais en même temps aussi prenante. J’ai parfois été tentée de refermer ce livre, sachant très bien que j’allais en ressortir totalement chamboulée mais l’écriture de l’autrice, percutante et poétique à la fois, m’en a dissuadé.

Dans À suspicious river, on retrouve les thèmes de prédilection de Laura Kasischke : les relations mères/filles, une Amérique très éloignée du rêve américain, le poids du passé. Le récit est brillamment orchestré, les personnages sont forts, celui de Leila particulièrement. Un livre qu’il faut lire, mais pas à mettre entre toutes les mains.

« La nuit avant de m’endormir, je tâtais ma poitrine, à la recherche de mon coeur, mais je n’y trouvais jamais rien. »

À suspicious river, de Laura Kasischke | Chez Le livre de proche, 384 pages.

2 comments Add yours
  1. Bonsoir. As-tu également lu « Les Revenants » et « Esprits d’hiver » de cette auteure ? J’avais adoré ces lectures. En revanche, je n’ai pas encore lu celui-ci, je m’empresse de le noter !

    1. Oui oui, j’ai lu les deux et j’avais aussi adoré. Celui-ci est dans le même esprit, on retrouve la même ambiance mais il est beaucoup plus choquant en revanche.

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